Jour 6 et 7 : Au fil du Danube et de l’Eurovélo 6

Jour 6 : Voyage jusqu’à Ingolsadt, 101 km, 335m de dénivelé

Nous nous réveillons assez vite ce matin-là (de peur de déranger les pêcheurs) et au son du chant des oiseaux, pour ce qui a été notre bivouac le plus paisible.

Un bivouac tranquilou bilou

Dans le premier village croisé, nous demandons de l’eau à une dame qui arrose les plantes de son jardin. Elle nous invite à entrer chez elle (elle a une magnifique maison traditionnelle) et à nous servir dans son évier, un peu étonnée que nous voulions de l’eau du robinet. Nous discutons un peu avec elle, à la mode « mime » et avec quelques mots d’allemands et d’anglais. Elle propose du café, j’accepte mais Victor, qui n’aime pas ça, refuse, et je pense qu’elle comprend que je n’en veux pas non plus… (je n’insiste pas, nous avons une grosse journée et partir le plus tôt sera le mieux). Elle semble désolée de ne pouvoir nous donner autre chose que de l’eau, nous lui expliquons que c’est tout ce dont nous avons besoin. Quand nous enfourchons nos vélos, elle nous rattrape cependant et nous tend une tablette de chocolat, ce que nous acceptons avec un grand sourire, devant tant de gentillesse.

Un peu de gym pour entretenir les muscles et les tendons

Tout de bonne humeur grâce à cet adorable premier contact humain de la journée, nous avançons bien. Nous nous attendions à ce que l’Eurovélo route soit une espèce d’autoroute à vélo, qui longerait le Danube tout du long comme c’est le cas le long des canaux. Nous sommes rapidement détrompés. En fait, la route ne suit pas toujours le canal, mais passe à travers champs et monts, et on ne croise vraiment pas beaucoup de monde. Il faut dire que les trente premiers kilomètres ne vendent pas vraiment du rêve puisque nous traversons une sorte de Beauce allemande. Nous roulons au milieu d’interminables champs de blé, de maïs et de betterave, qui ont vocation à aller nourrir non pas du bétail ou des humains mais les gros méthaniseurs que nous voyons partout sur la route. Ils sont gonflés et tendus vers le ciel comme de gros tétons aux différentes formes, mais qui seraient moins le symbole de la fertilité que celui du pourrissement.

ça méthanise à fond!

Même si ce n’est pas le plus idyllique des paysages, au moins, ça roule, et nous avalons une cinquantaine de kilomètres avant le déjeuner. Nous nous écartons un peu de la route pour trouver de la verdure où manger et se reposer à l’ombre sur de l’herbe. C’est là qu’un monsieur à vélo lui aussi et apparemment du coin, prouve à nouveau que les allemands sont décidément bien gentils. Nous voyant de loin, il fait tout un détour pour venir nous dire que nous ne sommes pas sur la bonne route (ce que nous savons puisque nous avions dévié délibérément) mais que si nous continuons par ce chemin on va trouver le Danube et une piste alternative plus plate et plus courte pour Neuberg. Il ne nous en faut pas plus pour suivre ses conseils, même s’il faut d’abord faire un peu de grimpette.

On remarque sur cette image que Victor préfère prendre une photo plutôt que venir m’aider alors que je suis clairement bloquée!

Nous découvrons un Danube plus sympa qu’auparavant, car moins canalisé et un peu plus sauvage.

Des gens y naviguent sur de longs bateaux animés par une dizaine de rameurs, et font des joutes à grands renforts de cris et de rires.

Même s’ils tombent à l’eau et font beaucoup de bruit, ils n’effraient pas la faune du fleuve, qui fait de multiples bonds devant nos yeux. De gros poissons font des sauts si hauts et fluides que pendant un moment, je suis persuadée d’être en train d’observer des loutres. Victor y croit un peu aussi jusqu’à ce qu’un zoom sur une de ses photos laissent apparaître une queue qui ressemble à celle d’un poisson.

Nous arrivons à Neuberg, c’est magnifique ! Il y a une ville haute historique, qui vaut vraiment le coup d’œil et le coup de pédale. Il nous faut partager ici quelques photos:

Après cette petite visite touristique, on fait le plein d’énergie avec des glaces, renouant avec une habitude que nous avions prise lors de notre bike trip en Croatie. Et il faut dire que l’Allemagne aussi est pleine de bons glaciers ! Et que nous avons constamment faim !

Nous continuons la route dans un joli décor parfois improbable, avec d’énormes chateaux et corps de ferme.

On dirait un peu un château gonflable,non?
Une ferme qui a du cachet!
pause lecture et chasse haut perchée

Nous prenons ensuite la route d’Ingolstadt, où nous croyions pouvoir trouver un camping, ce qui n’est malheureusement pas le cas, même si Victor jure, portable à l’appui, avoir vu une petite tente sur la carte de son GPS. C’est pas – si – grave, nous nous baignons dans une gravière pour se débarrasser un peu du sable et de la sueur, puis direction le centre-ville. Il fait beau et chaud, on se sent en vacances, alors on veut de la pizza et des bières. Ingolstadt est aussi une jolie ville, avec des façades aux différentes couleurs pastel, et elle est plutôt animée vers 20h.

Après manger, nous prenons la route de Regensburg, en espérant trouver un espace de bivouac à la sortie de la ville, le long de l’Eurovélo. On roule de nuit (sur des grenouilles comme dirait Kévin) pendant quelques kilomètres mais on ne parvient pas à s’extirper d’une zone plutôt industrielle. De nuit, tout paraît beaucoup plus inhospitalier, nous arrêtons donc de chercher en trouvant un chemin un peu isolé à côté d’un champ de blé. On pose la tente et on s’y engouffre sans plus se poser de questions.

Jour 7 : le Danube à vélo et en bateau jusqu’à Regensburg, 84km et 175m de dénivelé

Nous avions décidé de nous lever tôt, mais le bruit de la pluie sur la tente nous autorise, sinon une grasse matinée, une heure de sommeil en plus. Au sortir de la tente, on découvre un environnement pas beaucoup plus sympathique que celui que nous avions cru discerner hier soir dans le noir.  On s’en fiche puisqu’on s’en va, on remballe tout en essayant d’éviter de tout tremper, on s’équipe, on se contemple avec nos beaux habits, et on s’en va !

Une alliance magnifique des plus belles couleurs, et de la bonne humeur à revendre
On ressemble un peu à des skieurs en plein mois de juillet

Finalement, bien au sec, ce n’est pas si désagréable de pédaler sous la pluie. Totor, qui aime beaucoup positiver, voit les choses sous le bon angle : «  ça contraste » aime t-il à dire. Suant dans mon k-way et mon pantalon de pluie qui me colle les mollets, je rumine un peu mais ne dis rien. Je n’aime pas contrarier son optimisme, le même dont il fait preuve quand nous découvrons un horrible dénivelé alors que nous nous attendions à une route plate : « au moins, on ne s’ennuie pas » commente-t-il gaiement. Nous gardons donc la même positivité quand nous découvrons que nous avons en fait 85 et pas 70 km à parcourir. Nous traversons un paysage pastoral plutôt agréable:

Du houblon en veux-tu en voilà
Des moutons à gros sourcils un peu bizarres mais très sympathiques

Au bout d’un moment la pluie cesse et nous autorise un pique-nique plutôt sympa dans un village, avec de nouvelles salades allemandes toujours aussi mystérieuses, mais dans lesquelles on aime bien plonger des légumes pour faire bonne mesure. Nous arrivons à nouveau en vue du Danube, qui a encore changé ! Il est devenu vraiment sauvage, il ne va plus bêtement tout droit mais serpente entre des rochers.

Enfin le bô Danube bleu

Alors qu’un panneau nous indique la route de notre destination Kelheim, avec un sacré dénivelé, un flot dense de touristes qui converge dans une autre direction suscite notre curiosité. Alors que nous ne voyons jamais de touristes, qu’est ce qui peut bien attirer tous ces allemands dans un coin paumé ? Nous les suivons donc, et découvrons qu’ils vont vers une abbaye. Iraient-ils en pèlerinage observer une apparition de la vierge ? Que nenni ! Nous sommes en fait dans la très ancienne et réputée brasserie Weltenburg ! Tout le monde vient y manger et y picoler !

Sur la plage en face de l’abbaye, il y a des bateaux. Oh, surprise, ils vont aussi à Kehleim ! Et avec un tarif spécial (et pas trop cher) pour les vélos. Je supplie Victor pour y monter et gagner quelques 5 km mâtinés de montée : il fait d’abord mine d’hésiter puis accepte bien vite, parce que le bateau, c’est du meilleur contraste que la montée vers Kelheim. Il faut dire aussi que, même si ce bateau se traine à une allure désespérément lente, le paysage est très beau. Le guide a l’air intéressant, vu toutes les questions que posent les gens, mais nous, on comprend seulement à un moment qu’un rocher ressemble à un crocodile (et uniquement parce que c’est le même mot en français et en allemand).

                                         

Malgré ce petit interlude nautique, les quelques vingt derniers kilomètres nous paraissent longs jusqu’à Regensburg, surtout parce que mes genoux me font souffrir.

C’était mieux le bateau! mais le paysage est sympa, et, chose qui n’a pas de prix, la route est plate!

Nous arrivons à Kehleim, qui nous offre la vue de biens jolies façades:

Puis c’est enfin Regensburg! Nous nous posons au club de canoé sur les conseils d’un warmshover (hôte cyclotouriste) qui ne pouvait nous héberger. Nous avions prévu, à cause de la pluie, de chercher un hébergement en dur (Warmshover, air bnb ou auberge de jeunesse) mais tout était complet. Ce camping est cependant sympa, il y a de l’eau courante, luxe déconcertant après cette semaine où nous avons dû nous rationner, et aussi un distributeur de bières fraîches ! Ah ces allemands, ils savent bien faire les choses.

Fourbus des vélos, nous décidons de ne pas les prendre pour nous rendre en centre-ville. C’est un peu loin, nous dit un couple de cyclos français (qui se dirige vers Prague) rencontré dans le camping, mais il n’est pas question de remonter sur les vélos! Finalement on y est en une demi heure, et nous découvrons un Regensburg tout en fête, puisqu’il y a un festival de jazz ! Non seulement la ville est très belle, avec tons pastels et ses rues historiques, mais elle a aussi une super ambiance. On comprend pourquoi tout était complet! Nous écoutons un concert en buvant une bière dans une choppe consignée, mais en verre ! Je précise ce détail puisque cela nous paraît hallucinant dans un si grand rassemblement populaire que les verres ne soient pas en plastique, tout le monde se promenant avec son énorme verre de 50cl ou un litre, sans un éclat de verre nulle part ! Essayez d’imaginer ça à la fête de l’Huma ou aux fêtes de Bayonne.

Bref c’est comblés par cette ville que nous rentrons patiemment au camping, au doux son du Victor émerveillé : « mais c’est ouf, mais c’est dingue, mais la qualité de vie !  Mais regarde, là, et là ! ».

4 réflexions au sujet de « Jour 6 et 7 : Au fil du Danube et de l’Eurovélo 6 »

  1. Merci Cécile pour ce récit fidèle et authentique avec ce petit style exquis, on croirait t’entendre ! Bonne route et bises normandes !

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  2. Ma nièce a fait une année d’étude à Regensburg (Ratisbonne pour les français). Effectivement, selon ses dires, il y fait bon vivre. Sinon vous buvez beaucoup de bières je trouve non ? Merci en tout cas pour ce récit, c’est mon roman de l’été.

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    1. Naaaaan… Disons que ce n’est pas de notre faute, nous sommes toujours assoiffés en fin de journée, et les biergartens parsèment la route, tous plus sympathiques les uns que les autres. Alors nous nous sommes dit, en Allemagne, faisons comme les Allemands… Ce qu’on fait aussi pas mal en République Tchèque puisqu’ils sont assez forts sur les bars et que le prix de la pinte a dégringolé à moins d’un euro. Mais nous n’appliquerons pas le même adage en Russie avec la vodka, pas d’inquiétudes!

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  3. Mais c’est vrai qu’il est beau ce Danube ! Un plaisir de lire le récit plein d’humour de vos aventures — on sent la plume exercée par les années de thèse !
    Bises d’Amsterdam (toute autre expérience du vélo) où règne une sécheresse aussi totale qu’inédite: vive la pluie et vive les optimistes !

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