Jour 3 à 5 : du Neckar au Danube

Jour 3 : le long du Neckar, 74 km, 277m de dénivelé

Aujourd’hui, nous roulons vers Tübingen en suivant le Neckar. La piste cyclable est sympa et arborée, ce qui nous va bien puisqu’il fait très chaud et que le soleil tape. Alors que Victor s’imagine descendre cette rivière en canoé, nous nous rendons compte que nous sommes dans un immense golf, bien sûr interdit aux vélos. Mais il est tellement agréable et paisible – et on en est déjà au milieu – qu’on décide de le traverser quand même en faisant attention à ne pas se prendre une balle (de golf) perdue. C’est un orage qui nous punit de cette outrecuidance en nous cueillant à la sortie. C’est l’occasion de tester notre équipement de pluie et surtout de faire un premier apprentissage : c’est bien de le mettre avant la drachée !

La pluie ne nous arrête pas très longtemps et nous arrivons en vue de Tübingen. Séduits par cette jolie ville, nous voulons nous arrêter dans un café pour recharger le matos électronique et alimenter le blog (avec une petite bière évidemment pour recharger aussi les cyclistes)mais, manque de chance, impossible d’accéder au wifi.

 

 

 

Illustration d’une fringale à la Totor: il faut s’arrêter tout de suite n’importe où (en l’occurrence sous un pont d’autoroute) pour manger le plus gras et sucré possible sous peine de tomber d’inanition.

On quitte Tübingen après un second orage et on continue à suivre le Neckar. Une trentaine de kilomètres plus loin, nous trouvons une gravière sympa, avec de parfaits spots de bivouac. Manque de bol encore une fois, ils sont tous pris par des couples qui restent très tard au bord de l’eau malgré la nuit et le froid qui tombent. Fatigués d’attendre qu’ils rentrent chez eux, on monte notre chez nous, dans un coin tranquille mais moins classe, entre une poubelle et un bosquet. On s’en fiche, on se couche après s’être régalés d’un « courgetto-nouillo-pesto fromage » préparée de main de maître par Cécile. (Oui, c’est moi qui écris, et alors ? J’ai bien le droit de m’auto-complimenter, Victor n’en dirait pas moins j’en suis sûre).

Jour4 : Du Neckar aux pistes de ski de Böhmenkirch 76km, 590m de dénivelé

Alors qu’on commence à plier la tente et qu’on envisage de déjeuner, nous rencontrons Eckart, venu faire un courageux plongeon matinal dans la gravière. Il parle un français impeccable, ce qui est bien pratique ! Musicien, il est aussi un militant très impliqué pour la cause des réfugiés, et il nous explique comment cela se passe ici (Neckartenzlingen). Nous restons prudemment sur les rives à observer les canards pendant qu’il se baigne, mais nous nous retrouvons ensuite pour causer dans une Bakereï, où il nous invite et nous fais goûter des brioches et viennoiseries locales très bonnes.

Mais c’est qu’il fait froid quand même pour se baigner
Même les canards restent sur le rivage

Eckart nous est d’une grande aide puisqu’il va nous apprendre quelques phrases d’allemand qui se révèleront très utiles (dont « wir marren eine radtour » et  « wir suchen wasser »).

                          En grande discussion avec Eckart

Il va aussi nous permettre de redessiner notre itinéraire. Il déconseille en effet d’aller jusqu’à Nuremberg car il y a beaucoup de dénivelé, et propose de passer plutôt le long du Danube, dans les belles villes de Ingolstadt et Regensburg. Il les vend tellement bien qu’à la fin, nous n’avons plus qu’une envie c’est d’y aller, et cela nous arrange aussi de ne pas commencer notre périple par de trop fortes montées.

                                                                      

Ni une, ni deux, nous redessinons donc le cap. Au lieu d’aller vers le Nord, nous passerons d’abord plus à l’Est ! La piste cyclable que l’on emprunte le long du Neckar est à nouveau vraiment sympa sur une vingtaine de kilomètres, et nous filons grâce à tout le sucre des pâtisseries ingéré, jusqu’à ce que nous devions suivre une nouvelle rivière le – ou la – Fils.

Nous avons notre premier bobo du voyage ! Victor se fait une contracture au bras en portant les courses dans un supermarché (véridique), heureusement qu’on a pris la trousse à pharmacie !

Nous nous faisons un pique-nique fort roboratif et distingué (fromage frais, salade et saumon) dans un champ sous un pommier, avant de continuer.

Le repos sur le pommier, un peu dangereux, mais rafraichissant!
                    On se met bien
 La seul différence entre un fou et moi c’est que moi je ne suis pas fou (Dali)
               La bonne brioche offerte par Eckart

Les vingt à trente kilomètres suivants sont moins agréables, puisque nous sommes à présent dans ce qui nous semble être une suite d’agglomérations interminables où les pistes cyclables nous font sans cesse bifurquer. On en sort en ayant la même lourdeur dans les jambes que lorsqu’on a piétiné des heures dans un musée ou dans les magasins un jour de soldes. On vit un petit moment de grâce et de repos quand un caviste, à qui on a demandé de l’eau, cause avec nous (bon, en allemand alors on n’a pas tout compris) et nous offre une bière. Nous nous extirpons ensuite de la conurbation pour rejoindre les montagnes. Nous nous reposons et prenons des forces dans un sympathique glacier à Donzdorf, où tout le bourg semble s’être donné rendez-vous. Les gens viennent et dégustent leurs glaces sur les marches des maisons environnantes ou repartent avec en voiture, comme au drive-in. Nous trouvons ensuite la piste cyclable construite sur une ancienne voie de chemin de fer : c’est pas mal, car elle monte franchement mais progressivement et nous fait gagner des mètres de dénivelé sans trop nous essouffler. Jusqu’à ce que ce sympathique train décide de se transformer en funiculaire et ça, ce n’est pas la même histoire. La pente se met à monter à 22% et pas seulement sur quelques mètres. Nous nous rappelons alors les conseils d’Eckart que nous n’avions pas vraiment pris au sérieux « et là il faudra descendre et pousser les vélos ». Mais pousser un vélo de 35kg sur une piste aussi pentue, ça n’est pas une mince affaire. Il faut nous mettre à deux pour pousser chaque vélo, et cet effort, au bout de 70km, puise dans nos dernières forces !

Nous arrivons tant bien que mal au sommet, et nous sommes recompensés par la vue des pistes de ski.

                        Le sommet, ouiiiiii

Un peu plus loin, nous tombons dans une clairière sur un étrange spectacle. Un rassemblement de tentes blanches émaillées de drapeaux devant lesquels des allemands en tenue traditionnelle fument la pipe. Cela ressemble assez à un camping pour que nous allions demander le gîte pour la nuit : « wir schlaffen ? » ou quelque chose comme ça. C’est tout de suite accepté, et Harry, un sympathique gaillard nous explique : il s’agit en fait d’un festival country qui aura lieu le weekend (nous sommes un peu rassurés car j’avais cru reconnaître un drapeau confédéré et me demandait le pourquoi du comment). 700 personnes se retrouvent 3 jours pour danser, écouter de la musique, tirer au fusil et boire de la bière. Comme nos hôtes perçoivent notre curiosité, ils nous emmènent voir les stands de tirs. Ils parlent autant d’anglais que nous d’allemands, alors on ne se comprends pas toujours, mais on rigole bien, surtout quand on passe par le mime ! Nous comprenons qu’ils s’entrainent à tirer sur ces cibles en bois figurant des sangliers (je vous laisse imaginer le mime) mais qu’ils ne sont pas chasseurs pour autant.

                              Le stand de tir des schwein sauvages
Et voilà un redoutable 357 Magnum calibre 36 et son non moins redoutable propriétaire

Ils nous montrent leurs armes, sous clefs, puis nous offrent des bières, sous clefs aussi. On leur explique notre voyage, qui les fait bien rigoler, puis ils nous proposent même du tabac. Mais à sniffer ! Je danke poliment tandis que Victor fait un test ! Avant d’aller se coucher, ils nous donnent des conseils culinaires que nous tâcherons d’appliquer : schwein haxe et Sheufele ! (jarret de porc et épaule de porc)

On se couche ravis et amusés de toutes ces rencontres, même improbables, de la journée.

Jour 5 : 79km, 294m de dénivelé

On ne se lève pas très tôt et tout guillerets après notre soirée avec les allemands du festival de country et on s’amuse un peu avec leur stand de bière, déguisé en saloon.

Reste là Jolly Jumper, je vais au saloon, rrr pfiut!
Barman, une bière, et sans faux col!

Puis on enfourche nos vélos pour une route essentiellement en descente jusqu’à Heidenheim. Après un petit déjeuner dans le parc d’un château pas assez impressionnant pour justifier la montée qu’il a fallu pour y accéder, nous suivons une nouvelle rivière : la Brenz.

Un raccourci à la Victor pour redescendre du château

C’est sympathique sans être folichon. Après un déjeuner plutôt sain, fait de salade à la française (riz, tomate, maïs) et de salade à l’allemande (une sorte de sauce mayo aux œufs et éléments non identifiés), on prend la direction du Danube, que l’on va rejoindre au niveau de Dilligen.

Nous sommes finalement un peu déçus par le Danube, peut-être parce que nous en avions imaginés plus, du fait de toutes les histoires et fantasmes qui l’entourent. En fait, c’est un bête fleuve, avec de l’eau au milieu, des rives sur les côtés et des poissons dedans… Bêtement classique, un peu trop loin du « beau Danube bleu ». Il faut dire que la ville de Dilligen ne nous enchante pas beaucoup, il fait chaud et il y a beaucoup de circulation. On regrette un peu les montagnes de Böhmenkirch, mais les maisons ont changé de tête et sont bien jolies.

Nous songeons un temps à aller au camping, mais il est vraiment affreux, minuscule et coincé entre deux routes. Nous continuons donc notre chemin et trouvons finalement un coin bivouac plutôt sympathique, sur les bords d’un étang de pêcheurs. Nous y testons notre première vraie douche à la poche à eau suspendue à un arbre. C’est assez agréable puisque Victor a réussi à récupérer de l’eau tiède dans le dernier bar/restaurant dans lequel nous nous sommes arrêtés.

Ensuite, Cécile est au montage de la tente tandis que Victor nous cuisine une bonne popotte. Il se fait agresser par les moustiques qui le piquent fourbement à travers son pull, malgré tous ses efforts pour les combattre. Eh oui, le mérinos ne fait pas tout.

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