Jours 30 à 34, de la Lituanie à la Tindonie : à la recherche des parents de Cécile dans les pays baltes

Jour 30, lundi 13 août, 115km, 510m de dénivelé : « Le jour chiant », errements dans la campagne lituanienne jusqu’à Kaunas

Les mots qui vont suivre vis-à-vis de la Lituanie vont sans doute être un peu durs à son propos, mais il faut dire qu’elle nous en a fait baver, et ne nous laisse pas un souvenir impérissable. Nous savons cependant que nous n’en avons vu qu’une petite partie, pas sous les meilleurs augures, et nous espérons qu’elle saura nous pardonner.

Dès notre réveil, nous sentons dans l’air une fraicheur inhabituelle et le ciel très pâle semble avoir figé de gros nuages gris.

Première constatation sur la Lituanie: le matin, il fait froid, et humide!

Inhabituel nous semble aussi le comportement des conducteurs sur une grande route qui nous mène vers Lazdijai à travers la forêt : pour la première fois, nous les trouvons peu précautionneux des cyclistes, ils ne font pas beaucoup d’effort pour doubler prudemment, même quand cela leur est possible. Ça n’est pas des plus agréable, mais quand je lance un regard sombre à un conducteur pour le réprimander, il m’en renvoie un d’une telle noirceur qu’on sait tout de suite qu’il joue dans une autre catégorie des bastons de regards. Nous l’apprendrons un peu plus tard : les gens des pays baltes ne sont pas les plus avenants, ni les plus souriants, ni les plus cyclistes.

Après la petite ville de Lazdijai, où nous découvrons pour la première fois les maisons de briques blanc/gris lituaniennes et la splendeur des terrains de basket qui confirment cette inclinaison des baltes pour ce sport de grands, nous prenons la route de Kaunas.

Les maisons de brique en question, souvent agrémentées de différents rideaux en dentelles blanches à toutes les fenêtres

Et quelle route ! Si nous voulons éviter le grand axe dangereux, nous n’avons pas le choix, il faut alterner petites routes et chemins à travers champs. Au ciel morose s’ajoute un paysage particulièrement morose, fait de petites fermes sans charme, construites en briques grises, en bois ou en torchis (le plus souvent, il y a les trois à la fois) avec quelques vaches, quelques arbres et des chiens enchainés qui nous aboient dessus, puis des champs et des prairies. Et cela pendant 80km sans croiser un seul village !

Très rapidement, la répétition des paysages nous donne la sensation de tourner un peu en rond, comme les Dupont et Dupond de Tintin, quand ils se trouvent dans le désert : une ferme, des chiens qui nous hurlent dessus, des vaches qui tressautent en nous voyant, une praire, une ferme, des chiens, des vaches… Au bout d’un moment, nous avons des envies de canicide, il faut dire que c’est particulièrement lourd de se faire aboyer violemment dessus toutes les trois minutes des heures durant, et qu’en plus, certaines de ces sales bestioles viennent jusque sur la route pour nous poursuivre. Heureusement, ce sont souvent de petits roquets qui viennent nous taquiner les mollets, alors que les gros chiens sont attachés par des chaines. Ça fait quand même peur, n’en déplaise à Victor qui se moque de mes pointes de vitesse à la vue des petits monstres poilus.

Les quelques lituaniens que nous croisons ont des visages fermés, ils nous regardent passer stoïquement, comme s’ils se demandaient ce que nous faisons là. Et nous commençons à nous poser la même question, d’autant qu’il s’agit d’une étape longue de plus de 110 km. A force de vouloir sortir des sentiers battus, nous avons trouvé des sentiers plus battus du tout depuis longtemps, sur lesquels il est bien dur d’avancer.

oh, mais comme c’est sympa les chemins en terre tout humides!

Kaunas finit quand même par être en vue, au bout d’une route chargée peu agréable. Nous trouvons un airbnb très sympa dans le centre-ville, qui arrive bien à nous faire retrouver le sourire après cette longue journée. Nous sortons en ville pour découvrir une rue de bars et de restaurants animés : entre la campagne et la ville en Lituanie, c’est le jour et la nuit. Nous sommes revenus aux euros, ce qui nous permet de constater à quel point la nourriture est peu chère : nous réglons à peine une quinzaine d’euros pour de bonnes bières locales et un repas. Allez, nous pardonnons un peu à la Lituanie de nous avoir maltraités sur la route, nous changerons assurément d’opinion sur elle demain.

On constate à nouveau que la Lituanie est un pays de basketteurs

Jour 31, mardi 14 août : Visite de la petite Kaunas

Kaunas, tout d’abord, ne se prononce pas comme l’insulte française, mais se dit « Kovno ». D’ailleurs, elle s’écrit parfois Kaunas, parfois Kauno, une des subtilités de la langue lituanienne qui a l’air bien compliquée !

Au vu de notre expérience d’hier, nous décidons, en plus de la visite de la ville, de bien réfléchir à notre itinéraire des prochains jours. D’autant plus que nous avons bientôt rendez-vous avec Nicole et Christian (ou Cocole et Cricri), mes parents (Cécile) à Riga trois jours plus tard, et que nous n’aurons pas le temps de tout parcourir en vélo, sous peine de faire encore de grosses étapes dans des paysages peu attrayants.

La météo se propose de nous aider à mener cette réflexion en envoyant de gros orages qui nous font rebrousser le chemin du centre-ville jusqu’à notre chambre. Ça ne sont pas les conditions idéales pour visiter une ville, qui nous apparait mignonette mais sans plus, surtout que la rue principale du centre-ville, où il doit faire bon se promener sous les arbres, est en travaux. C’est aussi une ville très peu piétonne ou cycliste, de grands axes la traversent en obligeant les non motorisés à prendre des ponts ou des passages souterrains.

Encore un témoignage du côté un peu déprimant de Kaunas…

Comme dans le reste du pays pendant la seconde guerre mondiale, Kaunas a été le théâtre de massacres très importants de juifs, qu’ils aient été lituaniens ou déportés. Sur les murs d’un fort, des inscriptions gravées par des prisonniers désespérés sont les seuls témoins de leur passage et de leur calvaire… Kaunas a aussi son héros, un ambassadeur japonais, qui, pendant la guerre, délivra aux juifs polonais désireux de fuir l’arrivée des allemands, des visas de transit par le Japon à destination de l’île de Curaçao, contre l’accord de son pays. Sommé de quitter la Lituanie, il désobéit et reste à Kaunas encore un mois pour rédiger à la main et jour et nuit, des visas, qu’il finit même, dit-on, par jeter depuis les fenêtres du train qui l’emmène ailleurs. Il sauve ainsi plus de 6000 personnes.

Le soir à Kaunas, nous dégustons des spécialités locales, qui ont leur personnalité tout en ressemblant aux mets polonais : une superbe soupe froide de radis, des sortes de raviolis de pomme de terre fourrés au champignons et un mijoté de lapin aux carottes et betteraves. Tout est bon et cuit à grand renfort de crème ; heureusement qu’on fait beaucoup de vélo, sans quoi cela doit bien peser sur l’estomac.

Jour 32, mercredi 15 août, 40 km, 31m de dénivelé : en route pour la frontière lettonne

Ce jour est le jour où nous retrouvons foi en la Lituanie, notamment grâce à la rencontre de personnes très sympathiques ! Nous l’avons dit plus haut, les lituaniens nous apparaissent comme des gens assez froids, aux sourires rares, ce qui nous est confirmé par d’autres voyageurs. Cependant, nous avons également pu nous apercevoir que, lorsque nous les saluons et leur sourions, ils sont aussi prompts à sourire et saluer en retour ; le tout est de faire le premier pas, et de ne pas se décourager ! Alors que nous cherchons à prendre un bus à Kaunas pour éviter la sortie de la ville et gagner quelques 100km, deux guichetières sont ainsi d’une grande aide. Je mime à la première, qui ne parler pas anglais, des vélos, pour lui expliquer que nous voulons les amener avec nous. Pour être sûre d’avoir bien saisi la demande, elle se met à dessiner un vélo mais son croquis est si mauvais qu’il nous fait rire toutes les deux. Alors que j’ai bien compris ce qu’elle me dit (tous les bus ne prennent pas les vélos, il faut négocier ou attendre un bus plus tard dans l’après-midi) elle m’emmène voir une autre guichetière qui parle très bien anglais et qui prend non seulement le temps de m’expliquer, mais aussi d’aller négocier, sans succès cependant, le transport des vélos avec le conducteur.

Grâce à leur aide, nous embarquons donc à destination de Panevezys, malgré un conducteur plus que réticent à prendre nos biclous, même s’il conduit à priori le bus habilité pour le transport des vélos (mais mes copines guichetières interviennent à nouveau pour faciliter les choses). A peine descendus du bus, nous nous prenons une grosse drachée : ah, Lituanie, tu le fais exprès rien que pour nous embêter ! On dirait un temps de Bretagne, qui alterne des moments de soleil durant lesquels il fait chaud, et des averses qui mouillent beaucoup et très rapidement. On ne sait plus comment s’habiller !

Alors que nous roulons depuis à peine 20km, et que nous sommes peu décidés à battre des records aujourd’hui, nous croisons un panneau « Alaus ». Je bas le rappel de mes souvenirs de lecture de guide touristique : c’est une brasserie, allons-y, une petite bière nous fera oublier nos malheurs. En fait de brasserie, c’est une micro brasserie familiale, une petite dame derrière un comptoir remplit avec une petite tireuse, des bouteilles en plastique de différentes bières que sa famille fait  » derrière la maison » depuis plusieurs générations.

ça c’est nos petites bières, dans leur bouteille en plastique

Très sympathique mais ne parlant pas anglais, elle appelle en renfort son adolescent d’une quinzaine d’années, qui vient nous faire une présentation des bières dans un anglais impeccable, alors que nous dégustons pour la première fois un verre de kvass. Il s’agit d’une boisson non alcoolisée (ou très peu) obtenue à partir de la fermentation du pain de seigle. Personnellement, je trouve que cela a un goût de Guinness… Il paraît que les enfants adorent !

Nous discutons bien avec cette famille, nous, curieux à propos des bières, et eux à propos de notre voyage. A la fin, ils finissent par nous offrir cinq petites bouteilles d’un demi litre, représentant leurs différentes bières (et une de kvass).

Alors que nous partons, l’adolescent nous donne un conseil des plus matures, un peu surprenant sachant que c’est quand même lui le jeune : n’oubliez pas la petite laine, il peut faire très froid en Lituanie. Mais nous, nous sommes ragaillardis par leur chaleur humaine.

Après cette charmante rencontre, ajoutée à celle du matin, nous changeons d’avis sur le pays, et aussi sur notre trajet : pourquoi ne pas s’arrêter assez tôt pour pouvoir se faire une petite dégustation de bière ? Avantage d’un pays peu peuplé, nous trouvons très facilement un bivouac très sympa dans une forêt de pins (le pin c’est le mieux pour le bivouac en forêt, il n’y a pas d’herbes hautes, ni d’humidité) et commençons la dégustation, en gardant le kvass pour le lendemain. Finalement, comme des boulets, nous le buvons sans nous en apercevoir (ça a quand même un fort goût de ferment), et le lendemain, au goûter, nous sommes un peu surpris quand, en lieu et place de limonade, nous réalisons que nous avons de la bière !

Ouiiiiiii

Jour 33, jeudi 16 août, 100 km, 187m de dénivelé : de la Lituanie à la Lettonie

Aujourd’hui, nous avons le plaisir de découvrir des paysages lituaniens un peu plus diversifiés, et un peu moins plats (mais si peu) que dans le sud du pays. Les routes sont plus agréables et nous avançons bien, à travers champs et parmi les oiseaux.

Il y a d’étranges totems en bois tout partout sur la route
Victor fait un peu de mécanique vélo tandis que je m’entraine au portait avec l’appareil photo

Nous passons une ville pas désagréable, Birzai, haut lieu de la fabrication de bière (mais nous avons eu notre comptant – notre content ? – la veille), dotée d’un château fort et d’un grand lac. Nous faisons une grosse soixantaine de kilomètres jusqu’à notre 5ème frontière, la Lettonie. Celle-ci se trouve sur un pont, et se passe presque comme si de rien n’était.

Cinquième frontière!

Alors que nous tenons les deux pays comme très proches, nous avons cependant la surprise de découvrir une langue assez différente. Nous sommes un peu perdus, comment dit-on « s’il vous plaît », « « merci », « bonjour » et « eau potable » (l’essentiel de notre vocabulaire depuis la Pologne) ? Tout cela va trop vite, et surtout : comment prononçons-nous tout cela, avec les traits sur les « u » ou les tildés sur les « o » ?

Voilà un petit tableau récapitulatif du vocabulaire, qui montre bien que si les pays baltes sont souvent pensés comme identiques, ils ont une langue très différente, et différente aussi de leurs autres voisins!

Allemand Tchèque Polonais Lituanien Letton Estonien
Bonjour Guten tag Dobry den Dobry dzien Sveiki Sveiks Tere
Merci Danke Dekuyi Dziekujé Dekoju Paldiès Tänan
Eau (potable) (Trink)wasser (pitna) voda woda (pitna) vandoo üdens joogivesi

Nous prenons en Lettonie une route plutôt empruntée, mais comme en Lituanie, nous n’avons pas trop le choix : à vrai dire, il n’y en a pas cinquante des routes, surtout si on a l’exigence de demander du goudron. Nous trouvons un petit bivouac dans une prairie, à l’aube de nos 2000km (nous nous arrêtons, certes peut être un peu feignants, à 1998).

Jour 34, vendredi 17 août, 54 km, 105 m de dénivelé : Riga, enfin te voilà !

Ce matin, nous nous levons d’une humeur rayonnante l’un et l’autre, sans même avoir à se consulter. Difficile de savoir quelle en est exactement la raison : la perspective de voir aujourd’hui mes parents, et de passer sur un mode vacances plus tranquille et confortable ? La proximité avec nos 2000 kilomètres, qui, avouons-le, nous emplie de fierté ? Ou encore ce beau soleil qui brille et chauffe dès le matin sur un ciel bleu sans nuages ?

Nous partons donc le sourire aux lèvres et le mollet tout léger, mais nous n’allons pas loin car tout à coup, la barre des 2000km est dépassée ! Il est un peu tôt pour fêter ça à la bière et à la glace comme pour les 1000km, mais nous prenons le temps de boire un peu de thé et d’immortaliser ce petit évènement.

 

Même si le reste de la route est un peu lourd, puisqu’il y a du trafic et peu d’alternatives à celui-ci, nous restons joyeux. Route un peu dangereuse oblige, la queue de peloton doit mettre le gilet de sécurité (car nous n’en avons qu’un pour deux) : cette fois-ci, c’est moi. Victor trouve qu’il me donne des airs de cheffe de chantier…

Mais Totor, c’est qu’on est encore loin!
Bon les gars, on arrête de se la couler douce et on coule les fondations… Ici, c’est bien!

Nous voilà bientôt en vue de Riga, et là, quelle horreur ! A-t-on déjà dit que les automobilistes lituaniens étaient peu précautionneux des cyclistes ? Hé bien, ce serait un euphémisme chez les automobilistes lettons, qui semblent juste détester tout ce qui ose squatter la route sans être motorisé, et avoir passé un pacte pour les éliminer.

Et là, tout au loin, c’est la vieille ville de Riga

J’exagère un peu mais pas trop : pour survivre à l’entrée dans cette ville, vraiment pas « bike friendly », nous montons sur les trottoirs et attendons avec grande attention que les petits bonhommes passent au vert. Nous avions bien noté, en souriant, que sur les panneaux routiers, les piétons sont représentés en train de courir, et non de marcher. Maintenant, nous comprenons pourquoi : c’est le seul moyen qu’ils ont trouvé pour survivre dans cette ville dominée, jusque dans son centre, par de grosses et bruyantes voitures sans pitié pour les piétons et les vélos.

Nous trouvons notre air bnb dans le quartier hipster de Riga et habité par des géants (les lettonnes d’ailleurs sont réputées comme étant les plus grandes femmes du monde).

La table à manger est aussi une table de ping pong, c’est rigolo, mais pour manger, si on ne fait pas deux mètres de haut comme tout letton qui se respecte, c’est compliqué.
      Totor a des airs de sale gosse!

Quelques heures plus tard, voilà mes parents. Surprise, ils ont amené un copain ! Enfin, un copain de mon frère Yves, Camille, qui se trouvait par hasard à Tallinn, comme eux, et cherchait à se rendre à Riga. Il n’en faut pas plus pour que nous l’invitions à venir grossir les rangs de la tindonie en déplacement à Riga.

Les voilààààààà!

Une réflexion au sujet de « Jours 30 à 34, de la Lituanie à la Tindonie : à la recherche des parents de Cécile dans les pays baltes »

  1. Alleezzz félicitations pour les 2000 km ! Profitez bien de ces quelques jours de repos. Et pour la suite: vous allez peut-être réussir à conquérir le coeur des lettons et percer le mystère de leur grognasserie !

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