Jour 10 et 11 : de la frontière tchèque à Karlovy Vary

Jour 10, 25 juillet, 66km, 971m de dénivelé: Marianska Lazné

Nous nous réveillons dans le champ de notre bivouac après une nuit un peu agitée. Pas pour nous, ceci dit, mais pour toutes les petites et grosses bestioles sauvages qui ont batifolé autour de la tente cette nuit. Et dans le silence total, même les gentils bons du lapin pouvaient passer pour la course folle d’un sanglier homivore.

Un gros lac vert qui n’invite pas à la baignade

Nous enfourchons nos vélos pour nos premières expériences tchèques, puisque bientôt, on est en vue de la frontière.

Là bas au loin, c’est la frontière

Au revoir l’Allemagne

Après des au-revoir poignants à l’Allemagne, nous sommes enfin en vue de la frontière, que nous passons grâce à une piste cyclable.

Et hop, deuxième frontière passée

Une fois cette frontière franchie, on roule quelques quarante kilomètres, la route n’est pas assez intéressante pour qu’on en fasse ici le récit. Ça monte (surtout), ça descend, bref, rien de bien original. Ha si ! On peut dire quelques mots sur le contraste (Victor aime bien ça) entre les pistes cyclables allemandes et tchèques. Le vélo, souvent motorisé et moyen de déplacement chez les allemands, est devenu un VTT sportif chez les tchèques. Et les pistes s’en ressentent, elles deviennent plus sauvages et caillouteuses. Pour nous, chargés de nos sacoches, cela devient parfois assez épique, si bien que nous décidons de les abandonner pour prendre les routes goudronnées.

Illustration d’une piste cyclable tchèque, si, si, on la voit un peu au milieu de la photo

Nous arrivons tant bien que mal à Marianské Lazné, une ville thermale construite au début du 19ème siècle. Sur notre carte, elle est indiquée d’une petite étoile, et elle est pile sur notre route vers Karlovy Vary. Cependant, cette ville est un peu particulière, j’emprunterais quelques mots à Victor pour la décrire ici : « Alors tu vois, cette ville c’est deux rues dans la montagne, un parc au milieu, et des grandes maisons sur les côtés. Que dis-je des maisons, de bourgeois hôtels particuliers ».  Les gens, plutôt pas très jeunes, marchent plutôt pas très vite, ils s’arrêtent parfois manger une glace ou boire de l’eau à des fontaines un peu étranges. Notre opinion : ils sont en retraite et en cure. Petite anecdote amusante car paradoxale : la station a été nationalisée à l’époque du communiste, est son accès réservé aux « travailleurs méritants » et aux pontes du régime. Il a fallu attendre sa re-privatisation pour qu’elle soit à nouveau accessible au grand public. Enfin, au grand public fortuné, si on en juge les riches façades des maisons et le nombre d’hôtels de plus de 4 étoiles.

Une rue « normale » de Marianske Lazné

L’ambiance ne nous enflamme pas plus que ça (surtout Victor, qui se sent oppressé par tous ces gens qui marchent très lentement) et nous pensons à partir rapidement, puisqu’il nous reste pas mal de dénivelé. Nous allons décoller, quand nos oreilles se mettent à frétiller sur un air de musique classique. C’est une grosse fontaine qui chante et qui envoie de l’eau partout !

Victor, elle ne chante plus la fontaine

Allez, ça, c’était sympa, maintenant, on fait le plein d’eau à une de leurs étranges fontaines et on va camper dans les hauteurs. Oh, mais non, horreur ! Cette eau est pétillante et elle a un goût de rouille ! Ah, mais c’est de l’eau thermale, voilà pourquoi. Selon un fascicule trouvé sur place, elle est bonne pour les troubles soit urinaires, soit digestifs ; elle ne devrait pas nous faire de mal. Mais, nous l’avouons, elle est tellement dégueulasse qu’on l’utilisera plutôt pour se laver et faire la vaisselle…

Nos vélos détonnent un peu dans ce décor et cette population

Depuis Marianské Lazné, nous montons dans la forêt sur une route assez sympathique pour notre plus gros dénivelé du voyage (presque 1000 mètres) puis nous trouvons un spot de bivouac plutôt cool près d’un chemin forestier.

Jour 11, 26 juillet, 59km, 447m de dénivelé, Karlovy Vary

Nous nous levons dans notre spot très agréable de « wild camping » en forêt de fort bon humeur et la route ne nous contredit pas. Il y a très peu de voitures, le paysage forestier est bien joli et la pente monte gentiment. Nous arrivons sur un superbe plateau très campagnard, fait de champs et de tourbières. Victor renoue avec sa passion pour la photographie animalière spécialisée en vaches, qu’il sait très bien imiter.

Au bout d’une trentaine de kilomètres, nous arrivons en vue de Loket, un magnifique village médiéval couronné d’un imposant château fort.

Nous grimpons les rues pavées à vélo avec enthousiasme et nous apprécions tellement l’endroit que nous délaissons notre pique-nique pour un restaurant, ou restaurace, dans une ruelle. Les plats commandés nous rappellent que la cuisine tchèque est plus roborative (mot que j’avais eu l’occasion d’apprendre lors d’un voyage à Prague avec Nina) que goûtue. Ce n’est pas grave, nous nous en tirons pour une dizaine d’euros à deux et au moins nous sommes roboratés.

La suite de la route reste tout aussi sympathique, puisque nous suivons, en descente ou en plat, une rivière. Beaucoup de tchèques prennent le même chemin, mais sur l’eau. Nous apprendrons plus tard que le canoé est, avec le VTT à priori, le sport national du pays. La pratique est si répandue que Michal, notre hôte du soir, nous explique aller en vacances en Pologne pour éviter l’affluence des rivières tchèques.

Au bout d’une cinquantaine de kilomètres, nous arrivons donc à Karlovy Vary, Carlsbad en allemand, notre première grande étape tchèque. Vous souvenez-vous de Marianské Lazné ? Hé bien Karlovy c’est un peu la même chose, mais en plus grand et plus riche.

Comme nous avons rendez-vous avec nos hôtes warmshower seulement à 19h et qu’il est 16h, nous sillonnons la ville dans la chaleur. Nous découvrons d’immenses hôtels particuliers, tous plus opulents les uns que les autres, des hôtels 5 étoiles pour la plupart, dotés de leurs propres spas, qui s’ajoutent aux bains publics. Dans le quartier le plus aisé, l’opulence des bâtiments se fait plutôt excessive, la richesse s’étale sans pudeur et dans une tournure qui rend l’ensemble presque grotesque.

Viens chérie, on rentre à la maison, heu, au Palais!
Non, non, nous ne sommes pas encore en Russie

Les magasins de luxe s’alignent les uns après leurs autres, et vendent tous la même chose : bijoux, montres de luxes et vêtements hors de prix. Alors c’est ça que font les très riches du monde entier (à vue de nez, pays du Golf, Chine, Russie)quand ils vont en vacances ? Ceci nous laisse songeurs… N’est-ce pas ce qu’ils font déjà le reste de l’année ? Et surtout, une fois doté d’une montre à chaque poignet, voire à chaque cheville, que peuvent-ils faire de plus pour être bien certains d’avoir l’heure ?

Au détour d’une de ces rues clinquantes, nous sommes surpris de découvrir une statue de Karl Max (qui a priori est venu trois années de suites) : nous ne tenions pas les karlovyvariens pour de grands communistes.

Au grand Marx, sauve nous de cet enfer capitaliste

Dans le quartier des bains publics, les vélos sont personna, ou machina, non grata, comme un peu tout le reste, jugez-en par cette photo. Ne voulant pas abandonner nos montures, nous ne pouvons donc pas aller partout.

Curieusement le segway semble toléré, s’il est accompagné du port de la casquette réglementaire

Un peu fatigués de la chaleur et de l’atmosphère que nous renvoie la ville, nous prenons de la distance pour nous reposer avec une petite bière (la boisson nationale, n’en déplaise à François). C’est sans compter sur un pilier de bar à la fois saoul et extrêmement relou qui vient nous interrompre et nous tenir la jambe à propos de son soi-disant travail de photographe sur une période dont il est même trop alcoolisé pour se souvenir. Pour le dire poliment, il nous court franchement sur le haricot et il est très insistant, tout en étant prodigieusement inintéressant. Victor adopte la stratégie du « tu vas bien finir par te fatiguer si je t’ignore » mais c’est un échec ; le type est patient. Finalement, je m’énerve et l’envoie balader en y mettant quand même les formes en anglais (et avec un curieux accent british que je ne m’explique pas). Il est un peu vexé mais convaincu, il prend enfin le large.

Puis c’est la rencontre avec Martina et Michal, un couple d’avocats qui nous héberge en warmshower. Michal nous met tout de suite en conditions en nous amenant picoler des bières, puis nous allons dans leur magnifique maison pour manger, se laver, et rencontrer Martina et leurs deux enfants. Mais Michal n’en a pas fini avec nous ! Après le repas, il nous rince au Tatratea, un alcool de plantes à 52%. Il nous fait aussi goûter un fromage local et fort plutôt bon, et des tranches de… Hé bien de gras de porc, mais ça se mange comme du jambon. Il nous dit alors ces mots terribles « You have to get use to it ». En français pour les non anglophones : « vous avez intérêt à vous y habituer les cocos, ça va être ce traitement pendant un moment » … Et zut !

Bref, nous passons une très bonne soirée tout en sachant d’ors et déjà que nous ne serons pas bien frais le lendemain.

9 réflexions au sujet de « Jour 10 et 11 : de la frontière tchèque à Karlovy Vary »

  1. Bravo pour vos récits, je viens de tout rattraper d’un coup car j’etais moi aussi en voyage a vélo. J’ai trouvé ça très interssant et agréable a lire, ça me rappel des souvenir. Bon voyage a tous les deux, je pense a vous et je bois une bière a votre santé !

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  2. Je vous laisse quelques jours et vous voilà déjà dans un autre pays! Bravo pour le blog très sympa, et avec la carte c’est super! 😉 Bonne poursuite!

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    1. Oh, et ne nous laisse pas trop longtemps, car c’est bientôt la Pologne! Merci pour ton commentaire sur la carte, ça fait bien plaisir à Victor, dont c’est le job et qui y consacre pas mal d’énergie et de concentration!

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  3. Un petit coucou de Fraisses, suite à un aller retour Saint-Cyr / Firminy, pour ramener Mamita qui a passé quelques jours « à la mer ». Dans la circulation démoniaque de l’A7 à cette période, je me demandais parfois si je n’aurais pas mieux fait de louer un biclou, d’y accrocher une charrette et de remorquer Mamie, en passant par les chemins drômois, vauclusiens, varois… Mais comme il faisait 38° à l’ombre, que je suis incapable de pédaler au-delà de trois km, que la clim de ma voiture fonctionne bien, je me suis dit qu’il valait mieux laisser les joies du vélo aux coureurs du Tour de France et aux jeunes courageux en goguette à bicyclette que j’embrasse très fort. Tata Nicole.

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  4. Bravo pour ce blog bien illustré et tout à la fois humoristique et intéressant ! Et bravo pour tous les kilomètres déjà parcourus à la sueur de vos fronts et mollets… ça laisse rêveur ! J’ai hâte de lire la suite de vos aventures, et de savoir pour quel parfum de glace exotique vous craquez le plus… Grosses bises du Creuzil !

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  5. Que lis-je ? Cécile tu as envoyé quelqu’un balader ??? je n’ose en croire mes mirettes.. well done!
    Je dois bien avouer que je n’avais pas suivi votre blog depuis quelques jours, je vois que vous ne chaumez pas! bonne route à vous.

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    1. Hihi, ça me fait plaisir que tu réagisses Nichon, figures toi que j’ai bien pensé à toi en écrivant ça! Et en le vivant d’ailleurs. Je me suis dit « Ma grande, Nina n’est pas là pour s’occuper du gros relou à ta place et l’envoyer balader, et Victor est trop gentil pour le faire: il n’y a plus que toi! » Alors la énième fois où il a ramené son gros pif aviné trop près de mon doux visage, je suis entrée en action et je suis bien contente si tu es fière de moi!

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