Jours 47 à 50: En goguette sans bicyclette dans la magnifique Saint-Pétersbourg

Nous avons eu la chance de pouvoir passer quatre jours à Saint-Pétersbourg, en étant logés en plein centre de la ville, près des rives de la Néva. Comme nous n’avons pas fait de vélo, question de survie, nous ne raconterons pas chaque jour, mais nous faisons une petite présentation de la ville en quelques points, pour raconter les choses qui nous ont plu, qui nous ont surpris ou amusés, et que l’on croit utile ou intéressant de partager.

Saint-Pétersbourg, c’est avant tout très beau

Pour présenter la ville, on peut commencer par les basiques : Saint-Pétersbourg, c’est beau. C’est la ville des tsars voulue parfaite par son fondateur, Pierre le Grand, et sortie de terre en à peine deux siècles, à partir des années 1700. N’allez donc pas y chercher les petites rues et un centre historique, non, Saint-Pétersbourg est toute géométrique, toute droite, alignant sur des kilomètres et des kilomètres de magnifiques immeubles 18ème et 19ème siècle, des palais, des églises à bulbes, des statues et des sculptures.

Le centre-ville de Saint-Pétersbourg, tout en édifices mastocs!

ça, c’est l’Hermitage, le fameux musée de Saint-Pétersbourg (le Louvre russe) aménagé pour partie dans le Palais d’Hiver, ancienne résidence des tsars
Saint Isaac

Les bâtiments peuvent paraître d’une grandeur démesurée… Certes, et encore, il faut en voir l’intérieur pour se rendre compte du luxe et de la richesse qu’ils recèlent. La cathédrale « Saint Sauveur sur le sang versé » ou de la « résurrection du Christ » qui est un monument très connu de Saint-Pétersbourg (mais que nous n’avons pas en photo de l’extérieur car elle était en travaux) a été construite pour servir de tombeau à Alexandre II après l’attentat qui lui a coûté la vie. L’intérieur, immense est très impressionnant : les murs sont entièrement faits d’une fine mosaïque, et le sol et le mobilier sont taillés dans différents marbres et pierres précieuses. C’est dire si le pouvoir voulait déifier ses empereurs et quels moyens il avait à sa disposition!

Ce qui est intéressant à Saint-Pétersbourg, c’est que la ville est toute aussi massive qu’elle est distinguée, tout autant monumentale que minutieuse. Quand on embrasse la ville dans son ensemble on y voit une enfilade d’imposants immeubles (jamais très hauts pourtant, ne dépassant pas quatre ou cinq étages) et d’édifices publics, mais si on la regarde de près, on s’aperçoit d’un impressionnant soucis du détail. Les façades sont travaillées, aucun immeuble ne ressemble à son voisin et chacun rivalise de richesse et d’originalité.

On a cru reconnaître la « rue parfaite » du film Les Poupées russes, alors je me la joue mannequin sur son podium

La ville s’est tout d’abord construite autour de la Forteresse de Pierre et Paul, sur l’eau, avant de s’étendre:

La forteresse vue de loin
La forteresse de l’intérieur
Allez savoir pourquoi, la forteresse est remplie de lapins, vivants ou non!
Dégagez les petits lapins, yek yek yek

Saint-Pétersbourg est presque construite sur l’eau

Saint-Pétersbourg est construite au point de la rencontre de la rivière Néva avec la mer baltique, mais elle est aussi sillonnée de canaux de différentes tailles, certains très droits, d’autres serpentant dans la ville.

Il y a donc beaucoup de ponts à Saint-Pétersbourg, 800 environ, dont certains se lèvent la nuit pour laisser entrer les grands bateaux venus de la mer.

La Néva est une rivière assez courte, 74km seulement, mais elle a un fort débit. Elle rend la ville sujette aux inondations, non pas à cause des fortes pluies, mais à cause du vent qui souffle depuis la baltique et fait remonter l’eau dans la rivière jusqu’à la ville. Pour lutter contre le phénomène, les russes ont construit un grand barrage dans la baie pour la modique somme de 3 milliards d’euros!

Valentina, notre hôte, nous explique que la rivière gèle en hiver et que la glace est si épaisse que les voitures peuvent remonter de la baie jusqu’à la ville. Un brise glace traverse la rivière dans sa longueur pour permettre à l’eau de s’écouler, mais chaque hiver des personnes arrivent à tomber à l’eau en voulant traverser la Néva de rive en rive!

La nuit, c’est beeeeeau

Saint-Pétersbourg est une ville de grands boulevards et de voitures

Pendant négatif de la rigueur toute géométrique avec laquelle la ville a été construite, elle est essentiellement composée de grands boulevards où les voitures, réparties sur deux ou trois files dans chaque sens, prennent une grande vitesse. Elle est donc peu agréable pour les piétons ou les vélos, qui risquent souvent leurs vies même aux passages piétons, et qui sont entourés d’un bruit continuel. Le premier jour, le bruit des pots d’échappement, qui résonne sur les façades, finit par me donner la migraine.

Aux feux rouges, nous perdons parfois patience. Le passage de piétons est annoncé par un décompte de temps, qui dépasse souvent la minute ! Il faut regarder les secondes défiler, parfois à partir de 99, avant de voir le petit bonhomme passer au vert et nous laisser passer. Celui-ci est aussi accompagné d’un décompte, mais il est bien plus avare pour les piétons qui ne disposent souvent que de 20 secondes pour traverser de grandes avenues ! Fuyez, pauvres fous ! C’est assez amusant car parfois le petit bonhomme vert est animé, au début il marche, il accélère au fur et à mesure du décompte, et à la fin, il court, comme les piétons!

Nevski Prospekt, les champs Elysées russes

Parler russe et parler avec des russes

Au fil des rues, le nez sur les façades, nous cherchons à percer les mystères de l’alphabet cyrillique, comme si nous étions en train de déchiffrer des hiéroglyphes. Nous apprenons cependant les basiques assez rapidement : PECTOPAH par exemple, veut dire restaurant, il suffit d’inverser le P avec le R, le C avec le S et le H avec le N (car le N lui même veut dire Y, compliqué? Nooon). D’autres mots ne sont pas évidents, surtout quand entrent en jeu des lettres jusqu’ici inconnues de notre alphabet latin, comme le Ԉ, qui est en fait un L ou le Ж qui fait zé ou gé ou jé (encore faut-il qu’il soit sans accent sinon c’est encore un autre son).

C’est amusant car certains mots sont tirés du français, puisque celui-ci a été très en vogue dans les milieux très bourgeois russes au XIXème. Pour en savoir plus, on peut lire à cet effet Guerre et paix de Tolstoï, qui traite de la vie des aristocrates russes pendant la guerre qui oppose la Russie à la France de Napoléon (et après probablement vu la taille du livre, mais moi j’en suis là). Par exemple, le vestiaire se dit en russe « garde-robe » ou  « гардероб », idem, un transat est en russe une « chaise longue ».

ça, c’est un très beau monastère tout au bout de Nevski Prospekt. Cela n’a rien à voir avec mon propos mais il faut bien mettre des illustrations pour ne pas lasser le lecteur
Les russes sont très dévots quand il s’agit de religion. Ils se signent plusieurs fois avant d’entrer à l’Église (et les femmes doivent être bien couvertes) et ils embrassent les idoles

Si parler russe n’est pas toujours évident, parler avec les russes se révèle plutôt simple et sympa, au contraire de leur réputation qui les dit plutôt froids et antipathiques. C’est peut-être parce que nous nous sommes désensibilisés au contact des estoniens, mais je ne crois pas : il y a bien quelques russes taiseux, mais dans l’ensemble ils sont plutôt bavards, curieux de nos vélos et serviables (quand ils voient que nous cherchons une direction, ou même pour nous aider à pousser nos vélos dans les glissières des escaliers).

Nos hôtes warmshover Maksim et Valentina, qui ne sont pas pétersbourgeois mais originaires respectivement de l’Ouzbékistan et de la Sibérie, nous paraissent particulièrement proches de la jeunesse (ou de la trentenitude désormais) que l’on connait en France. Ils sont aussi, comme beaucoup de russes, très portés sur les vêtements, et ont un ravissant style assez vintage. Quand ils s’habillent pour partir au boulot, c’est jupe longue, veston, veste et béret : on les croirait revenus dans les années 1940.

Les russes et le rapport au travail

Valentina et Maksim, qui travaillent tous les deux dans la même boîte, ont d’ailleurs des horaires de travail assez surprenantes… On ne les voit jamais quitter l’appartement avant 12h ! Ils nous expliquent d’ailleurs que leur boîte paie des petits déjeuners à ses employés, afin de les convaincre d’arriver au boulot avant 10h30 ! ça ne marche pas avec nos hôtes, le premier matin, alors que nous partons à l’assaut de la ville vers 11h, ils attendent des amis pour leur propre petit déjeuner. Le lendemain, c’est nous qui « petit déjeunons » avec eux sur le toit de leur immeuble… à 13h.

La vue est plutôt sympa!

En contrepartie, ils semblent bosser assez tard, probablement jusqu’à 21h, ce qui reste (surtout pour les retraités thésards que nous sommes) relativement raisonnable. Les horaires des restaurants et des magasins nous apparaissent aussi parfois biscornues : on peut manger au restaurant à n’importe quelle heure, et de nombreux supermarchés sont ouverts 24h sur 24.  Ce n’est pas la seule chose qui nous surprend avec le travail à la russe, nous remarquons aussi comme c’était déjà un peu le cas dans les pays baltes (un souvenir de l’époque soviétique?), qu’il y a souvent un nombre très importants d’employés dans les cafés, les administrations, les métros…

Cette photo aussi c’est pour mettre des images dans le texte pour ne pas vous ennuyer, il s’agit d’une autoroute, construite au début de la baie récemment, pour permettre notamment l’accès au stade de foot pour la coupe du monde!

C’est assez amusant car parfois dans certains cafés, il y a plus d’employés que de clients. Dans le bus que nous prenons, il y a aussi deux employés, le chauffeur, mais aussi une poinçonneuse de billets. Elle a un siège dans le bus, et aborde chaque personne qui rentre pour valider sa carte ou lui donner un petit ticket. On ne voit plus ça en France (on ne le voyait d’ailleurs pas même à notre naissance mais on connait le job grâce à la chanson de Gainsbourg sur le poinçonneur des lilas). Pour le peu que nous puissions en juger, et même s’il faut doubler les salaires, ceci nous paraît un mode de fonctionnement vraiment intelligent. Au moins le chauffeur ne se sent pas seul, et il n’y a pas de resquilleurs. De plus, la poinçonneuse met l’ambiance, elle semble connaître les gens et tape la causette aux voyageurs : ça fait un bus plutôt convivial.

A Saint-Pétersbourg, on mange à la cantine

Nous n’allons pas pouvoir dire grand-chose de la cuisine russe de PECTOPAH (ou restaurant, pour ceux qui ont suivi) car nous y sommes peu allés. Nous avions besoin d’économiser, et le menu russe nous paraissait assez proche de ce que nous connaissions déjà : betterave, patates, soupes de betteraves et de patates, raviolis… PAR CONTRE, nous avons découvert les stolovaya (столовая), les anciennes cantines ouvrières de l’époque soviétique, qui existent encore en nombre à Saint-Pétersbourg. Il s’agit de selfs, qu’on trouve dans les cours ou en sous-sol des immeubles (les sous-sols à demi enterrés des immeubles sont souvent des bars, des cafés ou des magasins) et qui proposent une cuisine très simple mais très peu chère. On prend son plateau, et on pointe du doigt ce qui nous fait envie : soupes, patates, salades de choux, de betteraves et de pain, riz au cumin, légumes cuits à l’eau huilée, viande ou poisson pannés. Ça n’est pas très distingué, mais c’est toujours bon et roboratif, pour un prix très correct (moins de 10 euros pour 2). Cerise sur le gâteau, ou gâteau sur le gâteau, il y a toujours de bons gros desserts !

Victor qui n’en peut plus, combien de kilomètres avons nous fait dans cette ville? Plus qu’à vélo sans doutes!

Pour conclure tout ça, Saint-Pétersbourg, on l’aime! Le dimanche soir, on doit la quitter pour Moscou, par un train couchette de nuit, introduction à ce qui sera notre moyen de transport pendant quatre jours quand nous prendrons le Transsibérien à destination de la Sibérie.

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