Jours 12 à 15: En balade au Nord de la République Tchèque

Jour 12, 26 juillet, 56 km, 558m de dénivelé

Réveil difficile après la soirée arrosée de la veille. Nous faisons les morts sur notre canapé-lit lorsque la petite famille de Michal et Martina débarque au fur et à mesure dans le salon où nous dormons pour prendre le petit déj’. Quand Michal s’apprête à quitter la maison en dernier, nous ouvrons l’œil et il nous propose de se retrouver pour le déjeuner. Nous acceptons sans sourciller car nous avons diverses petites choses à régler et le blog à alimenter. Le programme de la matinée est donc tout trouvé ! Vers midi, Michal nous emmène manger dans une petite brasserie et nous découvrons Karlovy Vary sous un angle plus authentique et proche du quotidien des habitants. La bouffe n’est pas très chère : 5 € le menu avec la bière (pas le choix, Michal nous cueille à froid). Mais on ne peut pas dire que ça soit vraiment bon… Je mange des pommes de terre « à la française » qui me rappellent mes premières expériences culinaires estudiantines (proches du patates-lardons-crème) et Cécile commande – sans vraiment comprendre de quoi il s’agit – une escalope panée insipide accompagnée de pommes de terres cuites vapeur (que je soupçonne reconstituées). Michal nous avait prévenu la veille au soir : désormais la gastronomie risque de se limiter à des patates, du chou et des saucisses. Le plat le plus original et typique qu’il nous conseille est le smazak (qui se prononce « chmajak »), du fromage pané et frit. Désormais le fromage se déclinera principalement sous des formes industrielles tout en étant hors de prix (petit pincement au cœur en nous remémorant le goût des petits crottins de chèvre sec que la mère de Cécile avait glissé dans nos sacoches et que nous avons finis quelques jours plus tôt, snif). Nous nous réconfortons en pensant que notre réchaud et notre inventivité seront davantage en mesure de satisfaire nos estomacs, avec toutes sortes de plats improvisés, que n’importe quel restaurant.

Michal nous met sur la bonne voie

Après manger, Michal nous accompagne pour nous montrer la route à suivre ; une nouvelle fois, on s’en remet aux conseils des locaux pour égailler notre itinéraire. Nous longerons donc la rivière Ohre pour traverser la République tchèque par le nord et ainsi pouvoir profiter davantage de ses paysages, de ses habitants, de sa gastronomie. Aussi, nous ne rejoindrons pas Dresde comme c’était prévu au départ pour ne pas éprouver la désagréable sensation de régresser en revenant en Allemagne. Nous passerons donc par le « Massif Central tchèque » selon les dires de Michal.

L’itinéraire emprunté est plutôt plaisant (une vallée étroite enserrée entre des collines verdoyantes au cœur de laquelle viennent se loger des petites baraques en bois qui servent de maisons de vacances aux thèques en quête de quiétude) même si, pour éviter la grosse route, nous sommes à nouveau obligés d’emprunter des chemins pour VTT. Ça secoue beaucoup et on n’avance pas vite.

Une piste cyclable qui secoue! On lui préfère le bas côté.
Ces pistes cyclables sont de plus en plus périlleuses!

Entre les chemins caillouteux, les montées et les méandres de la rivière, on pédale une petite soixantaine de kilomètres dans l’après-midi pour rejoindre Kadan (pour un avancement d’à peine trente kilomètre à vol d’oiseau). Ce n’est pas à ce rythme-là qu’on ralliera Saint-Petersbourg début septembre ! Mais bon, on relativise en se disant qu’on est déjà super bien avancé (ce qu’on re-relativisera en consultant une carte de l’Europe et en s’apercevant que nous avons parcouru moins d’un tiers du trajet…) et qu’il nous reste plein de « jokers train » qu’on utilisera en Pologne (que l’on prend plaisir à imaginer plate et peu hospitalière pour les cyclotouristes car remplie de conducteurs pressés ou ivres).

On se fait un petit goûter à coup de biscuits locaux, les oblatas, des gauffrettes dont les plus connues sont la marque Kolona (comme les grandes colonnes de Marianské Lazné ou Karlovy Vary)

Quoiqu’il en soit la ville de Kadan est très mignonne et tranquille avec son tourisme discret et familial:

Quelques jeux pour enfant logés au pied de la ville suffisent à nous distraire tout en constituant de beaux objets photographiques non dénués de liens avec notre périple.

                                            

Comme si on ne faisait pas assez de vélo comme ça toute la journée

Nous rechargeons nos batteries avec la désormais traditionnelle bière du soir et déchargeons celle de l’ordinateur en sélectionnant quelques photos pour vous, chers lecteurs.

Jour 13, 27 juillet: 87 km, 535m de dénivelé

La nuit sur notre spot de bivouac trouvée la veille au soir à la lumière des frontales a été plutôt douillette. L’herbe haute de la prairie a fourni un matelas confortable même si la sécheresse nous a dissuadé d’allumer le réchaud à essence par peur de provoquer un incendie et nous a contraint à un repas froid improvisé dans la tente. Alors que je m’extirpe du nid, je me retrouve nez à nez avec un jeune couple de chevreuils qui semble se faire la cour (le mâle a pris en chasse la femelle puis vice versa). J’appelle Cécile, qui quant à elle se manifeste avec un peu moins de discrétion, et saisis mon appareil photo pour essayer d’immortaliser ce moment avant que ma présence ne les ait fait définitivement fuir.

Mais où est Charlie? Heu… Bambi?

Quelle chance de pouvoir se réveiller chaque matin en communion parfaite avec la nature, d’avoir la sensation de ne faire qu’un avec les éléments ! Un peu plus tard dans la journée je regretterai cette réflexion matinale et candide…

Après avoir replié tout notre paquetage, nous devons emprunter une route assez fréquentée sur laquelle camions et voitures déboulent à toute allure. Je ne me laisse pas impressionner et décide pour la première fois du périple d’enfiler l’arsenal ultime du cyclotouriste… (Roulements de tambour) Le gilet de sécurité jaune fluo ! A ceci près que dans mon style vestimentaire il existe une petite variante dont je ne suis pas peu fier.

Le gilet se porte sans rien en dessous, ce qui offre ainsi le meilleur système de ventilation possible lors des journées caniculaires et permet d’atténuer le bronzage trop contrasté du cycliste (ou l’impression d’avoir un t-shirt blanc comme seconde peau). A cet élément j’ajoute un short en matière synthétique (type short de bain), toujours sans rien en dessous, ce qui offre une nouvelle fois la meilleure ventilation en même temps que des qualités de séchage imbattables. Cerise sur le gâteau, le port des tongs permet d’éviter de souiller inutilement des chaussettes avec une transpiration trop abondante et odorante. Avec cette tenue je peux tenir facilement plusieurs jours sans faire de lessive ! De plus, cette tenue offre un capital sympathie (ou ridicule, tout dépend du point de vue) auprès des forçats des travaux publics qui me prennent volontiers pour l’un des leurs, échappé d’un chantier.

Retour à la route, Cécile dit qu’hésiter entre une départementale bondée sous le cagnard et des petits chemins cabossés et tortueux c’est comme avoir à choisir entre la peste et le choléra. Quand on a le choléra, on en vient à envier les pestiférés, et vice versa. Donc autant avoir un peu des deux pour ne pas faire de jaloux. Les 20 premiers kilomètres sont avalés en une heure sur la route départementale, puis nous bifurquons vers un itinéraire pour VTTistes à cause du trafic. Dans tous les cas, la chaleur devient pesante et lors de la pause déjeuner nous espérons qu’un orage éclate et rafraichisse nos machines organiques en ébullition (on n’ose pas se baigner dans la rivière dont la qualité de l’eau est douteuse, parole d’experte). Le vent se lève assez violemment lorsque nous remontons sur les vélos, mais ce n’est pas pour nous offrir un peu de répit, bien au contraire. Les éléments, que je glorifiais au petit matin en bon apôtre environnementaliste, se dressent contre nous. Avec ce vent de face (nord-est, alors qu’en bon français nous pensions que les rafales estivales venaient toujours du sud-ouest), le moindre faux plat se transforme en ascension interminable.

Vu d’ici les montagnes nous paraissent bien loin

Nous parcourons quand même 87 kilomètres ce jour-là, mais avec la sensation d’avoir peu avancé au regard de l’effort produit. Nous nous couchons dans un cadre moins « nature » (un parc à côté d’une petite ville qui nous a été indiquée par des enfants alors que nous cherchions à nous faire inviter à camper sur la pelouse de leurs parents), faute de mieux, et nous éprouvons des doutes sur notre itinéraire. Les paysages de la journée étaient assez décevants (plaines agricoles, centrales nucléaires ou à charbon…) malgré quelques jolies montagnes aperçues à l’horizon.

Doit-on prendre un train pour avancer plus vite ? Pourra-t-on facilement rejoindre la Pologne alors que la direction que nous empruntons semble nous contraindre à passer la frontière par une route nationale et un col que nous redoutons déjà. L’euphorie des jours précédents laisse place à une sensation de fatigue mêlée d’incertitudes…

Jour 14, 28 juillet, 74km, 627 de dénivelé, en route vers le camping du lac!

Bien fatigués de notre journée précédente au cours de laquelle nous avons eu la sensation que tous les éléments s’étaient conjugués spécifiquement pour empêcher Victor et Cécile de progresser vers l’Est, nous décidons d’une petite journée.

Victor, tu prends des photos ou tu m’aides à ranger?

Tiens, sur la carte il y a Doksy, ça sonne bien, ce n’est pas loin, il y a un lac et même un camping, signe que cela doit être moins moche que la plaine industrielle de la veille. Et puis c’est l’occasion de découvrir un camping tchèque et de faire un peu de lessive, parfait. Finalement, à la place des 60km que nous envisageons, ce sera 74km, mais l’idée y est, et nous nous sommes enfin extirpés des plaines arides au profit de mignonnes petites montagnes qui ne sont dures à grimper que parce qu’il règne une chaleur abracadabrantesque. A midi, le soleil tape comme un sourd sur nos petits cranes pourtant bien protégés par nos casques, et nous fait chauffer le cerveau. Il faut nous arrêter, mais les feuillages un peu timides des arbres peinent à fournir une ombre et une fraicheur satisfaisantes pour un repos complet. Nous repartons vers 15h30, mus à la fois et de manière relativement paradoxale, par la peur de l’orage et le besoin de trouver de l’eau. Nous traversons des paysages et des pistes cyclables (ou si peu) étranges, comme celle-ci, en terre:

Attention, il ne faut pas dévier du sillon principal, sinon, c’est la chute!

Nous longeons un peu l’Elbe grâce à une Eurovéloroute, où les panneaux sont à la fois originaux et amusants!

Il a l’air peinard ce cycliste
Un panneau consacré aux chats, il me le faut pour Hizoé!

Pour arriver au camping, nous faisons à nouveau face au cruel dilemme des itinéraires tchèques : route chargée en voitures roulant à vive allure ou petits chemins de VTT cahoteux ? Nous nous décidons pour les petits chemins qui sentent le pin (et pas les routes qui sentent plutôt le sapin) quand trois motards excités frôlent dangereusement Victor à la sortie d’un virage, préférant visiblement le perdre lui plutôt que perdre leur aspi.

Surprise, sur ce petit chemin, pas de cailloux ! Mais du sable, beaucoup. Et puis de grosses racines ensuite… Soit on s’enfonce, soit on est brinqueballé de tous côtés ; c’est un peu les douze travaux de Victorix et Cécilix, ce chemin.

« Nan mais en fait le sable c’est encore plus chiant, on s’enfonce tout le temps »

Au bout d’un temps relativement long au regard de la distance à parcourir, nous découvrons les joies des vacances tchèques dans un camping immense qui doit compter au moins un millier de personnes. C’est ambiance gros festoch : des voitures et des tentes partout, des futs de bières, des feux sauvages qui cuisent des saucisses et des gens tous nus. A la différence près que ces gens, ils ont entre un et huit ans et qu’ils se promènent fesses à  l’air pour aller se baigner dans le lac, qui borde le camping. Ici, il n’y a pas d’histoire d’emplacements, de propriété ou d’intimité, on se met où on veut et on profite de l’ambiance, que Victor trouve géniale : familiale, bonne enfant, intergénérationnelle.

Personnellement je crains un peu les cris des bébés et le ronflement de leurs parents, mais finalement les bruits viendront plus tôt des jeunes un peu éméchés qui font le chemin entre les différents bars du camping ou ceux qui veulent faire des bains de minuits, et d’un concert techno qui pulse au loin, sur une autre rive du lac.

Jour 15 : 29 juillet, 72 km, 927m de dénivelé: Balade en forêt puis en montagne

Au petit matin nous nous réveillons dans un camping étrangement calme. Supposons-le, les enfants et leurs parents dorment encore, les soiffards de la veille cuvent leur bière. Contrairement à mes craintes sur le bruit des enfants, le nourrisson de la tente d’à côté nous prouve qu’il fait en réalité des nuits plus longues que les nôtres. Nous remballons sans nous presser, affectés par l’ambiance tranquille qui règne, en prenant le temps de nous faire beaux et propres et même de discuter avec un voisin.

Alors que nous redoutons une nouvelle journée de cahin-caha sur les routes caillouteuses, nous avons la joie de découvrir une magnifique piste cyclable qui sillonne toute la forêt ! Hô bitume, je sais que ce n’est pas très écolo, mais comme nous t’aimons.

De l’ombre et du bitume, c’est (pas la prison) le début du bonheur!

La matinée passe donc assez rapidement, puisque nous filons comme des bolides dans un cadre magnifique, sans même avoir à nous presser. Ça sent bon, on se croirait dans les landes, et Victor fait corps avec les arbres.

Nous croisons un peu plus loin d’étranges bâtiments abandonnés dans la forêt, dont on ne sait pas très bien s’ils ont été habités et tombent désormais en ruine, ou si leur construction n’a jamais été achevée.

Au bout d’un moment, la forêt s’ouvre et nous donne à voir un paysage plus montagneux. Au loin, nous apercevons un sommet, dont nous ne savons pas encore qu’il va être notre épreuve de la journée.

« – Tu le vois l’observatoire tout la haut? – Oh oui, holala ça a l’air de bien monter tout ça, pourquoi? – Oh, pour rien… »

Conscients des efforts à venir, nous faisons un pique-nique léger sous l’ombre un peu maigrichonne d’un bosquet, puis nous partons à l’assaut de notre premier sommet tchèque. Sur la route, nous retrouvons, à notre grand déplaisir, des motards affolés du volant… Enfin, du guidon, ceux-là même qui font se déplacer l’air quand ils nous doublent avec un bruit de détonation qui fait tressaillir. Un groupe en particulier suscite notre ire, ils font n’importe quoi, même avec les voitures qu’ils effrayent, et ne ralentissent ni dans les virages, ni dans les villages. Nous aurons en plus le déplaisir de les croiser trois fois, puisqu’ils font une pause après nous avoir dépassés, et qu’ils feront ensuite demi-tour. Quand nous les dépassons alors qu’ils fument leur clope, nous leur jetons des regards mauvais. Ils sont sept ou huit, rasés, grands et costaux, ça ne donne pas vraiment envie d’aller leur chatouiller les poils du nez, ni même de leur donner la petite leçon de conduite dont ils ont pourtant bien besoin.

Qu’importe, nous continuons l’ascension, qui se révèle longue et pénible avec la chaleur, mais pas impossible. Elle mettra nos genoux à rude épreuve. Tout au long du trajet, j’ai dans la tête la chanson de Renaud consacrée au Paris Dakar (« 500 connards sur la ligne de départ, 500 blaireaux sur leurs motos … ») qui me tient compagnie. Ce n’est sans doute pas sa chanson la plus poétique, ni de loin sa meilleure, mais elle illustre tout à fait bien nos sentiments pour ce groupe de motards. Ils ne sont évidemment pas tous comme ça, nous voyons aussi beaucoup de motards en voyage avec leurs nombreuses sacoches, qui ont l’air tout à fait sympathiques et ne s’amusent pas à nous frôler.

Au bout d’un moment, le sommet, et puis juste après, une longue descente vers Liberece. C’est une grande ville, nous nous y arrêtons seulement pour faire le plein de provisions et le plein des vélos.

c’est que ça consomme, ces bécanes de montagne

Ensuite, en route vers la frontière. Nous camperons quelques dizaines de kilomètres avant, dans un très sympathique spot de bivouac, qui vaut bien la pente à 15% qu’il faut grimper pour y accéder.

Nous testons pour la première fois notre réchaud à essence, et nous nous endormons en écoutant le doux jappement des chiens (qui, décidément, ne s’arrêtent jamais dans les campagnes).

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