Jours 272 à 278 : Deuxième étape le long de la West Coast, du glacier de Fox à la petite ville de Greymouth

Cette semaine, nous pouvons quitter le sympathique – mais pluvieux ! – Fox Glacier car enfin, ça y est, le pont de Franz Josef, emporté par une crue quelques semaines plus tôt, va être réparé. Alors finie la disette dans les supermarchés en rupture d’approvisionnement et finie aussi la goguette à bicyclette le long d’une West Coast Road désertée par les touristes, nous reprenons du service pour progresser toujours plus vers le Nord de cette magnifique et sauvage île du Sud !

Jour 272, vendredi 12 avril, 20km et 143m de denivelé : Mini promenade forestière jusqu’à la plage aux phoques de Gillespies Beach

Après plusieurs jours d’arrêt durant lesquels nous n’avons pas pu faire grand-chose à cause de la pluie diluvienne qui s’est abattue sur la West Coast, nous voilà tout heureux de quitter enfin Fox Glacier. Mais avant de prendre la direction du Nord, nous faisons une petite étape jusqu’à la mer et la plage de Gillespies Beach, où se trouve un camping du DOC. Nous avons tout le temps de faire ce détour car la reconstruction du pont de Franz Josef a pris du retard avec les récentes intempéries, et la solution de secours, un particulier qui utilisait son énorme camion pour braver le courant de la rivière et transporter hommes et véhicules dans sa benne, a été interdite par les autorités nationales. Direction Gillespies Beach donc, une plage d’où partent des randonnées et où, dit-on, il est même possible d’y voir une colonie de phoques, ce qui nous enchante grandement.

Dans de nombreux endroits de la côte, on peut trouver des ruines rouillées témoignant de l’exploitation des mines d’or au XIX et XXème siècle

Ça n’est pas très loin, Gillespies Beach, au bout d’une petite « gravel road » en cul de sac, mais ça n’est pas tout plat. On pousse sur les pédales et on ne se plaint pas : au moins, cela nous réveille les cuisses après cinq jours de chômage technique. Sur cette petite route forestière tranquille, nous prenons le temps d’observer et d’écouter les nombreux oiseaux qui babillent de concert. Notre volatile préféré, c’est le fantail, un petit oiseau noir pas très différent d’un moineau, si ce n’est qu’il est doté d’une grande queue blanche en éventail. Il s’en sert comme d’un gouvernail pour voleter dans tous les sens, souvent très près de nous, à chaque fois que nous faisons une pause.

On est très fans du Fantaiil

Au bout d’une vingtaine de kilomètres tout en pleins et en déliés, nous voilà parvenus à Gillespies Beach, où se trouve un camping du DOC très simple (pas d’eau, ni d’électricité) mais doté d’une magnifique vue sur le glacier de Fox.

Très rapidement, nous nous apercevons qu’il y a une bonne grosse colonie de sandflies (ces petits insectes volants qui piquent et laissent des boutons irritants) mais de colonie de phoques, point. Assaillis par les mouches des sables, nous sommes heureusement sauvés par une de nos anciennes voisines du camping de Fox Glacier, une gentille dame qui nous fait toujours la causette en riant sans qu’on ne la comprenne bien en raison de son débit de parole véloce tout autant que de son fort accent, et qui intervient pour nous asperger d’anti-moustique.

Une fois munis de cette protection contre les sandflies, nous nous lançons à la recherche des phoques, dont la colonie est installée sur une plage isolée, seulement accessible grâce à une randonnée de 4h. Alors pas le temps de planter la tente, on planque les vélos, et hop c’est parti ! Mais un panneau indicateur met un frein à notre enthousiasme : sur le sentier de la randonnée, une passerelle a été fragilisée par une crue, et est désormais fermé… Décidément, ils sont fâchés avec les ponts dans ce pays !

Comme nous sommes curieux, nous allons quand même jusqu’au fameux pont piéton, et découvrons qu’il a l’air bien plus fringuant que les panneaux d’avertissement ne le laissaient croire. Il en manque juste un petit bout au milieu, mais c’est pile au niveau d’un passage à gué. De plus, il n’y pas de barrière ni de panneau avec une tête de mort, juste un petit panneau interdisant l’accès. C’est peut-être suffisant pour décourager les néo-zélandais, mais c’est insuffisant pour les français ! Ni une, ni deux, nous voilà traversant le petit pont, qui ne bronche même pas.

Ensuite, nous sommes donc seuls au monde sur ce chemin de randonnée déserté, qui serpente le long de la côte dans une forêt aussi luxuriante qu’humide. Elle est tellement humide cette forêt, que nous avons rapidement les pieds trempés, à force de marcher sur une mousse verte si gaugée d’eau qu’elle s’aplatit comme une éponge sous notre poids.

Encore une triste illustration de la fourberie de Victor qui préfère prendre des photos plutôt que venir en aide à une femme en détresse, victime d’un passage à gué trop glissant

Notre progression de rochers en rochers, de flaques en flaques et de racines en racines nous paraît un peu longue, mais au bout d’un moment, nous entendons la mer, le grand bruit que font ses vagues en venant s’écraser sur les galets, puis nous apercevons au loin la plage des phoques.

What the phoque?

Même de loin, nous voyons bien que quelque chose cloche : il y a bien une plage, mais pas de phoques dessus. Arrivés sur la dite plage, le constat est terrible : il n’y a pas plus de phoques sur la plage que de chaussettes sèches dans nos chaussures. Oh, par contre, voilà les sandflies !

Phoques, où sont-ils?

Nous n’avons pas tellement le temps de nous apitoyer sur notre sort, ni d’aller débusquer les phoques ailleurs, car nous devons presser le pas si nous voulons rentrer avant la nuit. Nous voilà donc parcourant dans l’autre sens notre très beau et solitaire sentier de randonnée, arrivant juste à temps pour admirer un magnifique coucher de soleil, colorant de rose et de mauve le glacier Franz Josef.

Cet échec de l’opération « phoques » nous rappelle un peu nos péripéties polonaises dans la forêt de Bialowieza, pour tenter d’apercevoir les bisons. Même si encore une fois, le ratio animal observé/temps consacré est grandement déficitaire, nous sommes quand même bien contents de notre belle balade et nous nous jurons de prendre notre revanche à un autre endroit de la West Coast.

Alors que le soir tombe vite, amenant avec lui son copain « froid polaire », nous mangeons rapidement et discutons un peu avec nos voisins de tente (pour une fois, nous ne sommes pas les seuls à camper !), un couple de kiwis très sympas. Par contre, quand nous leur parlons de notre étape du lendemain, ils nous souhaitent « bon courage » un peu trop chaleureusement pour que ce ne soit pas un peu suspect : ça grimpe tant que ça pour aller à Franz Josef ?

Jour 273, 13 avril, 48km et 848m de dénivelé : A la découverte d’un nouveau glacier,en route – pentue – pour Franz Josef

Le matin du 13 avril nous trouve debout de bonne heure, mais encore un peu fatigués : notre nuit a été un peu perturbée par un vilain opossum qui à trois reprises est venu tenter de dérober notre pain de mie !

Et si nous sommes debout presque à l’aube, chose quand même chez nous relativement inhabituelle, c’est qu’il nous faut faire aujourd’hui une étape conséquente : 800m de dénivelé, 3 cols ! Comme cela ne fait pas très longtemps que nous avons repris le vélo, et que notre premier col au-dessus de Wanaka a été une sacrée épreuve, nous sommes un peu inquiets. Nous le sommes d’autant plus que les gens à qui nous expliquons notre itinéraire ont tous un peu la même réaction : « ah bah ça va monter dites donc j’vous souhaite bien du courage » (ou l’équivalent en anglais).

Nous reprenons pour les vingt premiers kilomètres la « gravel road » qui nous avait menés jusqu’à Gillespies la veille, et tout se passe bien jusqu’à Fox, où nous faisons un peu de ravitaillement et où nous avons encore l’occasion d’entendre qu’une affreuse montée nous attend.

Ensuite, c’est parti pour la progression : ça monte, oui, mais doucement, alors il n’y a pas de quoi se plaindre. Tous les éléments du décor dans lequel nous évoluons – montagne, forêt luxuriante et humide, nuages gris lourds de pluie – se combinent pour nous donner la sensation que nous voilà revenus au Nord Laos. Sauf que lors de notre passage au Laos, nous étions à la fin si entraînés que nous faisions 1000 mètres de dénivelés presque sans nous en apercevoir. Là, on monte progressivement, mais on sent bien chaque mètre de dénivelé.

« Oui, oh, ça monte un peu quand même »

Alors qu’habituellement nous sommes relativement seuls et tranquilles sur la route, une importante escouade de voitures et camping-car arrivant en sens inverse nous donne des nouvelles du pont Franz-Josef : ça y est, il a rouvert ! C’est une bonne nouvelle, puisque nous devons le franchir en fin de journée, mais en même temps, nous regrettons le temps béni où nous avions la route pour nous tout seuls…

Nous passons plutôt facilement le premier col de notre étape, puis faisons une pause pique-nique en contrebas d’une rivière, brève, car sans le soleil, il fait bien froid aujourd’hui. Ensuite, voilà le second et le troisième col de passés, et nous sommes surpris de constater que cela n’a été ni trop long ni trop douloureux. Aurait-on déjà repris du muscle, ou, plus probablement, les kiwis auraient-ils un peu exagéré la difficulté de la route ?

Un peu avant Franz-Josef, nous voilà devant la fameuse rivière qui, deux semaines auparavant, s’est tellement mise en colère qu’elle a emporté un pont. Et à en juger par le cadavre de goudron, d’acier et de bois qui git misérablement sur les galets, ça a dû être sacrément violent. La rivière, si elle est calmée, n’est pas ni petite, ni tranquille ; nous comprenons mieux désormais pourquoi la solution mise en place par les locaux, un énorme camion faisant traverser les piétons et les véhicules dans sa benne, a été interdite.

Le pont tout neuf de Franz Josef

Nous sommes probablement les premiers cyclistes à emprunter le nouveau pont, et, derrière lui, nous découvrons la petite ville de Franz Josef, située juste en dessous du glacier éponyme. C’est un des rares glaciers au monde à être situé en si basse altitude, il est donc très visité et cela nous fait bien bizarre, après deux semaines sur la West Coast isolée et désertique, de voir tant de monde ! Nous trouvons à Franz Josef un « vrai supermarché » avec plein de trucs dedans, ce qui nous change agréablement de la pénurie des jours précédents, puis nous nous rendons dans un « vrai camping », un de ceux où l’on peut prendre une douche et manger au chaud.

Le beau glacier de Franz Josef

C’est un peu embêtant pour notre budget, car ces campings aménagés coûtent cher, mais, humides de la sueur des montées et refroidis par la nuit qui tombe, nous avons ce soir bien envie d’une douche et d’un coin abrité pour cuisiner. C’est aussi dans ces campings que nous pouvons avoir accès au wifi, même si celui-ci est souvent payant et particulièrement incertain. Il nous aura fallu arriver jusqu’en Océanie pour découvrir un pays où le wifi était à la fois très aléatoire et très cher ; partout ailleurs, il était en accès libre, mais ici, c’est un vrai luxe.

Jour 274, dimanche 14 avril, 81km et 523m de dénivelé : Du glacier de Franz Josef au Lac d’Ianthe « et si on prenait un raccourci? »

En repartant aujourd’hui de Franz Josef Glacier, nous sommes bien contents de retrouver le soleil, et prenons la direction du Nord et du lac d’Ianthe. Pour y arriver, c’est assez simple, puisque, comme d’habitude il n’y a qu’une route. Enfin, ce serait simple, sans compter sur Victor qui nous dégotte, après une vingtaine de kilomètres, ce que j’aime appeler un « raccourci à la Totor ».

Pause goûter du matin devant un joli lac
Pause pique-nique devant un pont qui allait quelque part, mais où?

C’est-à-dire que pour nous faire économiser 5km, il propose que nous prenions de petits chemins coupant par les prairies d’où les vaches nous contemplent d’un air surpris. C’est plus sympa, me direz-vous, de prendre ces petites alternatives, quand la route de la West Coast a retrouvé sa circulation maintenant que le pont est réparé…

Et vous auriez raison, si ce n’est le principe du « raccourci à la Totor » qui demande de traverser une rivière à sec pleine de gros galets, puis d’aller ouvrir ou lever une, deux puis trois barrières pour accéder à des prairies clôturées par leurs propriétaires (avec de grosses pancartes « hazardous zone » ou « entry forbidden without permission »). Résultat des courses, on met bien 25 minutes à franchir les obstacles proposés par ce raccourci, qu’on pourrait donc plutôt appeler rallongi. Et ces 25 minutes équivalent au temps consacré à pédaler les 5km que le raccourci cherchait à économiser ; c’est ce mauvais rapport distance économisée/temps gagné/énergie dépensée qui nous autorise à parler d’un « raccourci à la Totor ».

Un obstacle conséquent du rallongi

Et puis, quelques kilomètres plus loin, alors que Victor est déjà loin devant, je m’arrête saisie d’un doute quant à l’intégrité de mon vélo. Et en regardant mon pneu arrière, je découvre notre première crevaison du voyage, au 7226ème kilomètre ! Certaines mauvaises langues incrimineraient le raccourci à la Totor et diraient « j’te l’avais dit ! » mais ce n’est pas mon genre. Au lieu de cela, j’attends patiemment que Victor s’aperçoive qu’il n’est plus suivi et fasse demi-tour avec la trousse à outils, et hop, nous nous lançons dans un peu de bricolage. Nous découvrons que ce n’est pas le pneu qui a failli à sa mission de protection de la chambre à air en laissant passer une épine, mais c’est cette dernière qui a finie par se percer à force d’usure et sans doute à la suite d’un choc ( contre un gros galet dans une rivière à sec par exemple).

Devant l’état d’usure de la chambre à air, fragilisée en plusieurs endroits, nous préférons en changer plutôt que d’apposer des rustines. Une fois Wolfgang regonflé à bloc, il est déjà bien tard, et le lac d’Ianthe est encore loin. C’est à la nuit tombée que nous arrivons, un peu effrayés de n’être pas bien vus des voitures malgré nos lampes et nos bandes réfléchissantes, pour découvrir que le camping du DOC est fermé pour réparation. Comme il n’est vraiment plus temps d’aller chercher quelque chose ailleurs, nous passons quand même les barrières (et dans ces cas-là c’est bien pratique d’avoir un petit vélo plutôt qu’une grosse voiture) et nous installons sur les rives du lac d’Ianthe. Tout est si humide, noir et froid, que nous nous engouffrons dans la tente à peine celle-ci plantée pour y manger à l’abri, et nous y endormir aussitôt après.

Jour 275, lundi 15 avril, 60km et 234m de dénivelé : Une journée courte mais intense jusqu’à la ville d’Hokitika

Nous avons fort bien dormi dans notre petit camping désert et fermé sur les rives d’Ianthe, et découvrons au petit matin un très joli lac.

Le parfait miroitement du lac nous inspire beaucoup…
Victor se croit dans un clip de PNL !

 

Après le petit-déjeuner, nous laissons notre tente gorgée d’humidité sécher au soleil et nous lançons dans un peu de mécanique. Ayant remarqué que nos roues arrières sont bien plus usées que nos roues avant, en raison du poids qu’elles supportent, nous décidons de les inverser, afin qu’elles durent plus longtemps.

La journée est belle, mais la route, malheureusement, est un peu trop empruntée à notre goût, ce qui est d’autant plus désagréable qu’il n’y a pas de bas-côté, et que les automobilistes ne s’embarrassent pas trop de distances de sécurité pour nous doubler. Après nous être fait tailler quelques shorts, souvent par des campings car de location ou des 4×4 de locaux, nous sortons le gilet de sécurité. Il ne nous protégera pas beaucoup, mais au moins nous serons bien identifiés…Comme je suis la seule à avoir encore un rétro sur mon vélo, c’est donc moi qui endosse le maillot jaune et me met en queue du peloton, histoire de voir les voitures arriver et de vérifier qu’elles s’écartent bien.

Cela n’empêche pas un pick-up rouge avec une remorque de nous frôler dangereusement, à grand renfort de klaxon, puis, sans doute mécontent d’avoir à partager sa route, d’ouvrir sa fenêtre pour nous gratifier d’un grand doigt d’honneur. « Non seulement je vous mets en danger, mais en plus je vous pisse à la raie » semble-t-il nous dire avec une grande vulgarité, à moins qu’il ait seulement voulut exprimer son opinion très élaborée sur le mouvement social des Gilets Jaunes. Plus surpris qu’agacés par son geste (c’est notre première insulte en 9 mois de voyage), nous ne répondons pas de la même façon. Et c’est sans doute plus prudent, sur ces routes isolées du wild wild West où tout le monde a un fusil de chasse dans son coffre…

Nous arrivons ensuite à Ross, qui est encore un joli petit bled tout blanc et bien paumé, avec une supérette presque vide, à l’exception d’un délicieux carrot cake, que nous nous empressons d’acheter. Après un bon pique-nique sur une aire de jeux vide de tout marmot, nous accédons enfin au Graal : une magnifique piste cyclable qui longe le littoral à travers la Rain Forest, en suivant le tracé d’une ancienne voie de chemin de fer. Celle-ci a été construite à l’époque de la ruée vers l’or, et nous permet de circuler en sécurité, tout en nous expliquant l’histoire de la région avec de grands panneaux.

Cette merveilleuse piste cyclable finit ensuite, mais nous n’avons plus à pédaler longtemps pour atteindre les faubourgs d’Hokitika où se trouve un petit camping familial tenu par un kiwi aux cheveux blancs et à l’accent redoutable. Ce dernier, Kevin de son prénom, tient le camping avec sa femme et a aménagé les commodités les plus confortables que nous ayons vu de toute notre vie. C’est bien simple, au début, nous avions hésité à y entrer en pensant que c’était sa maison !

Au camping, Wolfgang se fait des copines

Kévin est aussi rudement sympathique ; il parcourt le camping sur son quad pour accueillir les nouveaux arrivants, nous donne des conseils touristiques en dessinant à main levée une très bonne carte du Parc National d’Abel Tasman d’où il est originaire, et, à la nuit tombée nous emmène même tous à tour de rôle observer des verts luisants dans un parc d’Hokitika. Par contre, on ne se comprend pas très bien : il ne veut pas croire que l’on vienne de si loin que le lac d’Ianthe à vélo (il faut dire qu’il fait le moindre mètre en quad et trouve qu’Hokitika, à 4km, est trop loin pour que nous y allions en pédalant) et nous ne saisissons pas un mot sur trois de ce qu’il raconte. Son accent est si fort que même des américains avouent avoir du mal à le comprendre, alors on se dit qu’on n’est pas si nuls !

Comme il est encore tôt, nous faisons fi des recommandations de Kévin et pédalons les quatre kilomètres qui nous séparent d’Hokitika, pour faire des courses et découvrir la ville. Celle-ci étant sans grand intérêt (comme pour les autres villes de la West Coast jusqu’ici), nous sommes presque plus heureux de découvrir son supermarché que son front de mer.

La grande activité de la ville, c’est d’aller observer son nom écrit en bois flotté; ça ne nous a pas paru transcendant…

Oh, plein des rayons avec plein de nourriture pour un prix correct, ouiiii ! Tout heureux de retrouver la société d’abondance, nous faisons trop de courses pour arriver à tout faire rentrer dans nos sacoches, et nous nous accordons des petits plaisirs comme ces désormais célèbres chaussons maison au brocolis, ou ce charmant Pinot Noir local !

Jour 276, 16 avril, 69km et 192m de dénivelé: D’Hokitika au lac de Kaniere, la journée des erreurs de jugement

On pourrait appeler ce jour le jour des erreurs de jugement, et il aurait presque pu devenir un jour cauchemardesque. Il commence plutôt bien, dans notre petit camping familial chez Kevin, avec un soleil tout d’abord timidement caché derrière des nuages.

Nous faisons un fastueux petit déjeuner avec les courses que nous avons fait la veille, puis nous nous ingénions à ranger toutes nos vivres dans nos sacoches. Il y a trop, mais en mettant le yaourt dans la sacoche vêtements et le repas du midi dans la sacoche hygiène, puis en tassant bien en ignorant les gémissements de protestations des tomates : ça loge !

A peine quelques mètres après le pont d’Hokitika, nous prenons une alternative à la route principale, un itinéraire cyclable en « gravel road ». Il nous fait avancer tranquillement avant de prendre une nouvelle route goudronnée – équivalent d’une petite départementale –, qui nous permettra de rallier les fameuses gorges d’Hokitika. Aller admirer les gorges nous fait faire un détour, et pas des moindres : un peu plus de 35km, mais on nous l’a conseillé, aussi nous y ruons-nous. La route n’est pas désagréable, à l’exception des 300 derniers mètres qui se mettent à monter en pente rude. Et comme nous avons du public, tous les véhicules des autres touristes venus en nombre admirer les gorges, nous ne pouvons pas faiblir. Nous bluffons d’ailleurs un groupe de retraités néozélandais qui nous félicitent de notre courage, et c’est toujours bien pour le moral !

Nous discutons un peu avec eux, et, apprenant que nous sommes français, ils nous présentent, à notre grande surprise, leurs condoléances pour la Cathédrale de Notre Dame de Paris, qui « n’existe plus » (it’s gone !) ! Relativement interloqués, nous les interrogeons pour avoir des précisions mais ils n’ont pas plus d’informations, à part que celle-ci a disparu. Empathiques, ils se désolent de nous avoir appris la mauvaise nouvelle et nous demandent si nous ne sommes tristes. Hé bien, nous avons certainement un peu de peine à imaginer Quasimodo SDF, mais nous sommes surtout curieux de savoir ce qui s’est passé – incendie, attentat, fulgurante crue de la Seine, audacieux tour de magie ? – parce que, quand même, ça ne disparaît pas comme ça, un aussi gros monument !

Toujours est-il que nous voilà arrivés aux Gorges d’Hokitika, et à l’erreur de jugement n°1 : faire un détour de 35km pour aller les admirer. Pour qui a déjà vu les gorges du Tarn ou du Verdon (ou n’importe quelle falaise), elles paraissent vraiment toutes petites ces gorges, et le court chemin aménagé qui y mène sur un peu moins d’un kilomètre, n’y pénètre pas vraiment. Il se contente de faire passer sur un petit pont suspendu en bois qui tangue de manière inquiétante, puis d’arrêter les touristes sur de gros rochers pour une belle photo. En fait, l’attrait des gorges est principalement lié à la couleur de ses eaux, bleues cristallines, où l’on peut voir nager les truites, mais aujourd’hui comme les jours précédents, à cause des récentes pluies, les eaux ont pris une teinte grisâtre et un aspect laiteux assez rebutant.

Comme dirait mon auguste mère, ça ne casse pas trois pattes à un canard
Et en plus y’a plein de monde

C’est plutôt décevant pour un détour de presque une demi-journée et nous ne nous y attardons que le temps d’un pique-nique. Remontant sur les vélos, nous rebroussons chemin sur une quinzaine de kilomètres puis prenons une petite route qui doit nous mener, quarante kilomètres plus loin, à un camping sur les rives du lac Kaniere.

Cependant, arrivés à 10km de celui-ci et alors que la route quitte les plaines pour s’enfoncer dans la forêt et grimper un peu, nous arrivons à un barrage. Il est gardé par une dame aux cheveux flamboyants et son 4X4 qui nous explique que la route est barrée suite à un glissement de terrain, survenu la même nuit des pluies qui ont détruit le pont de Franz Josef. La dame nous explique qu’il nous sera impossible de passer, même à pied, puis doit ensuite contempler l’immense désespoir qui se dessine sur nos visages. Car si la route est bloquée, il nous faut faire un détour de près de 40 km pour atteindre le lac de Kaniere, où se trouve le seul camping du coin ! Il nous faudra donc rouler de nuit, sans espoir de trouver un bivouac dans cette plaine que nous connaissons et qui est une longue enfilade de prairies clôturés. C’est donc l’erreur de jugement numéro 2, et surtout le drame pour nous deux, qui avons déjà dans les pattes 70km.

Heureusement, « à toute chose malheur est bon » comme on disait dans le temps, et comme on pourrait dire souvent en voyage à vélo. La dame du barrage prend nos mines défaites en pitié, et s’interroge : « pensez-vous que vos deux vélos logeraient dans mon coffre ? Je pourrais vous déposer à l’intersection du lac, et il ne vous resterait plus qu’une quinzaine de kilomètres… »

Nous la regardons alors avec des yeux – presque – embués de larmes de reconnaissance : « mais cela sauverait assurément notre journée ! Et une partie de notre nuit ! Et même peut-être nos vies ! Et si nos vélos ont pu se faxer dans un break estonien, dans une soute de bus mongol et dans les espaces libres d’un minibus cambodgien, ils n’ont même pas besoin de faire du contorsionnisme pour s’installer dans le coffre d’un 4X4 ! »

Tout heureux d’être secourus de la sorte, nous calons donc toutes nos affaires dans l’immense coffre du véhicule puis, à peine installés, nous voilà filant à vive allure sur la même route où quelques minutes avant nous avancions tranquillement. Nous causons un peu avec notre sauveuse, Jenny, qui vit à Woodstock, vers Hokitika, et qui nous en apprend un peu plus sur tous les dégâts causés par les récentes pluies. Et nous donne cette intéressante petite conclusion : « you cannot fight mother nature » (il ne sert à rien de lutter contre Mère Nature).

Arrivés au croisement où elle doit nous déposer, Jenny ralentit à peine : « il va bientôt faire nuit, ce serait dangereux, je vais plutôt vous déposer directement au camping ». Nos petits cœurs déjà très émus s’emballent, et éprouvent de plus en plus de reconnaissance envers Jenny au fur et à mesure que nous découvrons une route plutôt longue et pentue.

Jenny nous dépose ensuite à notre camping, joliment posé sur les rives du lac Kaniere, et c’est tout juste si elle ne nous aide pas à monter notre tente. Merci Jenny ! Décidément, ces kiwis, à l’exception de ceux – pas bien nombreux – qui nous taillent des shorts en nous faisant des doigts d’honneur, sont très gentils et très serviables.

Les rives du lac Kaniere, où nos courageux voisins de camping québécois ont fait trempette

Nous taillons une petite bavette avec des touristes canadiens, puis avec un cyclo japonais (pour une fois nous ne sommes pas les seuls à camper ET à pédaler), et, alors que nous discutons, les fourrés s’agitent… Il en sort un gros oiseau marron et tout rond, bas de fesse et court d’aile, si bien que nous croyons alors être sur le point de voir un kiwi et… Et pas du tout, c’est juste un gros oiseau commun de l’île du Sud, croisement absolument parfait entre la poule et le canard, d’où son nom, le poulnard.

Pourtant harcelé par les poulnards affamés qui tentent de chipper tout ce qui est laissé sans surveillance à portée de leur bec, Victor nous cuisine un bon repas et c’est ainsi que se conclue en beauté une journée finalement pas si horrible.

Jour 277, mercredi 17 avril, 52km et 500m de denivelé : Enfin des petites routes, journée VTT sur le wilderness trail jusqu’à Kumara

Ce matin au bord du lac Kaniere, nous grelottons en nous levant jusqu’à ce que le soleil daigne bien venir réchauffer notre emplacement, puis petit-déjeunons en admirant la vue.

Les poulnards, qui s’appellent en réalité des Wekas, reviennent nous embêter, faisant des rondes autour de la tente pour repérer ce qu’ils peuvent grappiller.

Le poulnard à l’affut ; il a repéré une peau de banane mais s’avance l’air de rien pour tromper la vigilance de sa proie
La course du poulnard lui donne des airs de vélociraptor, il fuse vers les buissons, où, malheureusement pour lui, d’autres poulnards l’attendent pour lui réclamer son trophée… Pas facile d’être mi-poule, mi-canard!

Tout en pliant la tente, nous saluons nos voisins, un cyclotouriste japonais du nom de Yusuke, que nous recroiserons peut-être sur la route, et des québécois très sympas. Ils font la même route que nous mais dans l’autre sens, si bien que chacun peut recueillir de précieuses informations sur ce qui l’attend.


A peine avons-nous quitté les rives du lac que nous voilà empruntant le « wilderness trail », un itinéraire cycliste sympa tout en « gravel road » et en montagnes russes, qui ressemble moins à une piste cyclable qu’à un chemin de randonnée. C’est très agréable d’être enfin débarrassés des voitures et d’évoluer dans de beaux décors, même si c’est aussi un peu fatigant de monter et descendre constamment, sur des chemins soit un peu glissants soit un peu meubles.

Nous croisons plusieurs groupes de cyclistes, plutôt en mode VTT et sans sacoches, et y retrouvons aussi Yusuke. Nous faisons alors quelques kilomètres ensemble, mais il ne tient pas longtemps notre rythme effréné, qui consiste à s’arrêter toutes les 3 minutes en poussant des « ah » et des « ho » d’admirations.

Oh qu’elle est grande cette fougère!
Ah qu’il est haut ce pont!
Euh, il est pas un peu inquiétant ce panneau?

Un peu plus loin, et après avoir fait à peine une vingtaine de kilomètres, nous faisons une pause pique-nique dans ce qui ressemble sérieusement à un très beau spot de bivouac : c’est la première fois que nous en voyons depuis le début de notre périple en Nouvelle-Zélande et cela nous donne des envies de camping sauvage !

Mais l’heure n’est pas encore venue de nous arrêter pour camper, et nous repartons sur nos petits chemins, croisant encore moults cyclistes, dont beaucoup ont opté pour le VTT électrique. Les paysages forestiers sont très jolis, mais le constant changement du dénivelé, ainsi que le bruit de nos pneus sur les graviers, se conjuguent pour nous fatiguer. Après une cinquantaine de kilomètres, nous quittons la forêt pour pénétrer une nouvelle vallée, et sommes bien contents de pouvoir trouver rapidement un endroit où camper.

Nous retrouvons des coins plus plats aux airs de mangrove

A la « Green Retreat » chez Kate, ce n’est pas un camping à proprement parler, mais cela y ressemble drôlement : il y a des sanitaires, des dortoirs, quelques emplacements pour garer des camping-cars et un jardin où poser deux trois tentes. L’endroit est très mignon, idéal dit-on pour le repos et le yoga, mais nous y arrivons si crevés et le froid tombe si vite qu’on ne pense qu’à y prendre une bonne douche, manger et dormir. La fatigue nous rend encore moins réceptifs que d’habitude au complexe accent kiwi des autres vacanciers, et c’est bien dommage car ils cherchent tous, charmants, à nous conseiller les meilleurs itinéraires cyclables pour aller vers Nelson.

Jour 278, jeudi 18 avril, 24 km, 40m de denivelé : Petite balade toute plate et tranquille le long de la mer jusqu’à Greymouth

Aujourd’hui c’est une toute petite journée qui nous attend, puisque nous ne faisons qu’une vingtaine de kilomètres, sans dénivelé, pour nous arrêter dans la ville de Greymouth. Depuis Queenstown que nous avons quitté deux semaines plus tôt, c’est la première « grande ville » néozélandaise que nous allons visiter, avec ses presque 10 000 habitants.

Nous discutons bien, le matin, avec Robyn et Gerald, un couple très sympathique de néozélandais, à l’accent qui met au défi notre anglais. Ils nous font visiter leur étrange caravane américaine pliable, qui, montée, ressemble à un tipi, puis nous donne leur adresse au cas où nous passions un jour à Timaru ; pourquoi pas !

Ensuite, nous pédalons rapidement nos 20km de la journée, toujours sur le Wilderness Trail, mais celle-ci a arrêté de grimper et longe la mer. Nous voilà ensuite à Greymouth, où nous nous ravitaillons et nous reposons, et où nous profitons aussi des infrastructures très développées du camping pour faire notre premier barbecue. Il faut profiter du beau temps, car les jours prochains nous amèneront de la pluie, et, en Nouvelle-Zélande, elle ne plaisante pas !

L’étrange tente de notre voisin: est-ce la meilleure option de campement dans un pays aussi venteux que la Nouvelle Zélande?

Et après notre pause à Greymouth, il nous faudra à nouveau repartir vers le Nord en direction la ville de Nelson. Nous quitterons alors la West Coast pour nous enfoncer un peu dans les terres, et ensuite retrouver la mer tout au Nord de l’île du Sud, aux abords du très réputé Parc National d’Abel Tasman.

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