Jours 53 à 57 : sans vélo et à vive allure dans le Transsibérien en direction d’Irkoutsk

Dans la nuit du 5 au 6 août, à minuit et demi pour être précis, nous montons dans un grand train couchette, qui doit nous mener, sur les rails du Transsibérien, jusqu’à Irkoutsk en Sibérie, d’où nous comptons partir pour nous rendre en Mongolie.

Nous prenons la troisième classe, la plus économique, et cela nous revient à 95 euros environ par personne en comptant le prix du transport du vélo. Ça ne fait pas bien cher au kilomètre, pour un voyage de plus de 5000 bornes ! Et on est plus rapides qu’à vélo !

Sur les quais du Transsibérien à Moscou, un train à priori comme tous les autres

Le train est le même que celui que nous avons pris pour faire le voyage de nuit entre Saint-Pétersbourg et Moscou : 54 personnes se partagent l’espace du wagon, répartis par groupe de six (quatre dans un carré et deux dans le couloir) et sur des couchettes superposées. A une extrémité du train, il y a deux toilettes, et à l’autre, un samovar, sorte de bouilloire géante qui distribue de l’eau chaude à longueur de journée. Nous, nous avons choisi deux couchettes l’une au-dessus de l’autre, pour pouvoir s’allonger même en journée, et aussi avoir accès à une banquette. Faute de place, nous sommes dans le couloir, il y a un peu de passage, mais ce n’est pas dérangeant, surtout qu’on s’habitue très vite à la vie dans ce monde clos et roulant.

Victor en journée et sous la couette, sur notre petite couchette du couloir

Car la vie dans le Transsibérien, c’est un peu comme celle de la prison, à l’exception du paysage qui défile toute la journée : on dort, on lit, on joue aux dés, on boit du thé et on mange des pâtes chinoises. L’hygiène est sommaire, car il n’y a pas de douches, malgré les petites serviettes qui sont distribuées par le personnel de wagon, les prodvonistas, en même temps que les draps. Les passagers s’y débarbouillent tous les matins et j’admire leur courage : il y règne une telle odeur (plutôt celle des produits ménagers d’ailleurs que celle des excréments) que je peux à peine y rester assez longtemps pour m’y brosser les dents ! Nous ne sommes pourtant pas dérangés par les odeurs (même si une petite vieille de voisine est une vraie péteuse), car nous baignons dedans. C’est plus difficile pour un autre voyageur français que nous rencontrons à Irkoutsk et qui s’arrête une journée dans les grandes villes traversées. Il explique qu’à chaque fois qu’il remonte dans le train suivant, il sent que l’odeur de pied, de sueur et de nouilles chinoises s’intensifie au fil des jours, jusqu’à bien lui chatouiller les narines !

Le personnel de wagon est très sympathique, au contraire de récits d’autres voyageurs que l’on avait pu lire, et le rapport avec eux est beaucoup moins distant qu’avec les agents et contrôleurs de la SNCF. Il n’y a aucune voix artificielle pour nous annoncer ce que l’on doit faire, non, c’est la prodvonista qui passe et qui donne les informations. Pour te donner les draps, elle s’assoit avec toi sur un coin de lit, et regarde sa petite fiche. On se sent de surcroit plus familier avec quelqu’un qu’on croise en pyjama dans le couloir le matin.

Nos voisins aussi sont sympas, mais malheureusement la barrière de la langue nous empêche d’avoir des conversations très abouties. Au départ, ils ne sont que deux à côté de nous, et l’on croit à un couple d’une soixantaine d’années, mais au bout de deux jours, la sympathique dame descend du train. On est presque un peu tristes de la voir s’en aller, comme si on avait développé avec elle des relations de voisinage. Il y a les voyageurs du début, comme nous, ou comme ce type étrange, avec son gros ventre et son œil en moins qui, sur les quatre jours de voyage, reste couché, torse nu, et ne se lève que quelques fois pour aller chercher de l’eau chaude au samovar. A chaque fois que je le vois (et c’est souvent car il dort à côté des toilettes), il me donne des frissons ! Victor pour sa part, médit de lui en disant que c’est un éléphant de mer sous couverture. Et il y a les autres voyageurs qui montent et descendent après un ou deux jours de voyage, souvent des jeunes, et même des familles. De touristes, point à part nous, deux « frantzouzki » qui « nié pony mayo », traduisez: qui n’y comprennent rien.

Chez nos voisins

Le train se remplit peu à peu au fil des arrêts, qui ont souvent lieu en début de nuit, et bien souvent il est complet. Quand tout le monde est couché, le train a une petite ambiance moitié colonie de vacances moitié camp de réfugié assez particulière. Nous, lors des arrêts, c’est toujours la grande inconnue : déjà, on ne sait pas où on est, et on pointe bêtement le quai à nos voisins pour avoir la réponse, et on ne sait pas combien de temps peuvent durer les arrêts ! Ce serait quand même bête de rester coincé sur le quai, sans vélo, ni affaires, ni argent ! Alors on fait seulement quelque pas pour se dégourdir, sauf un jour où Victor tente l’aventure d’aller jusqu’au kiosque le plus proche pour acheter une broutille, et revient en courant la peur au ventre. On apprendra grâce à des voyageurs français rencontrés à Irkoutsk qu’en fait il y a une feuille affichée dans le wagon qui indique les arrêts et les horaires ! Je me disais aussi que ce voisin, il était vachement fort pour reconnaître les villes à leur gare ! On se sent un peu bête mais en même temps, nous ne sommes pas morts de faim. En effet Victor, très consciencieux, avait fait le ravitaillement à Moscou pour tout un régiment, et nous n’avons manqué de rien. Nous avons même pu partager un peu de crottins de chèvre (ramené à Riga par mes parents) aux russes, mais sans grand succès. Il faut dire qu’il est plutôt fort en goût désormais, mais j’avais cru les russes peu sensibles de la narine, rapport au temps qu’ils sont capables de tenir sans vomir dans les toilettes du train.

On ne perd pas l’appétit dans le transsibérien quand soudain
Il y a un léger ralentissement… Puis nous repartons. Et que voit Victor, gésir à côté des rails? Une vache morte!

Le temps défile au gré des allées et venues des gens qui discutent, boivent du thé et mangent des pâtes chinoise. Pour notre part, on lit beaucoup et on apprécie de pouvoir bien se reposer, d’autant que l’on dort très bien, bercés par le train. Les matins, nous nous levons de plus en plus tard… Il faut dire qu’on se réveille toujours avec une heure ou deux de plus au compteur à cause du décalage horaire (on gagne 5 heures au total entre Moscou et Irkoutsk, ce qui fait un décalage de 6h avec la France). Nous perdons petit à petit la notion du temps, et je développe un syndrome de Stockholm vis-à-vis de mon wagon : à l’arrivée, je n’ai plus envie de descendre ! On est bien ici, il fait chaud, on a des lits et à manger, et un voisinage familier, c’est rassurant, alors qu’on ne sait pas ce qu’il y a dehors ! Victor aussi se conduit un peu comme un prisonnier face à sa libération, alors qu’il apprend que nous allons sortir, il va aux sanitaires faire un brin de toilette pour la première fois du voyage !

Nous arrivons à Irkoutsk le 9 septembre à 21h, après quatre jours et quatre nuits de train, et nous sentons dès les premiers instants que ce Transsibérien nous a amené bien loin de chez nous dans des contrées étrangères. Il fait plus froid et la ville a changé de visage : il n’y a souvent pas de trottoir, les maisons sont en bois, ou les bâtiments très carrés, et on voit les premiers chiens errants… Nous avons fait en quelques jours le double des kilomètres de notre trajet entre Strasbourg et Saint-Pétersbourg ! Nous qui voulions éviter de prendre l’avion pour ne pas être déphasés, c’est un peu raté, mais nous prenons vite nos repères dans la ville, et auprès de la gentille famille de notre air bnb.

5 réflexions au sujet de « Jours 53 à 57 : sans vélo et à vive allure dans le Transsibérien en direction d’Irkoutsk »

  1. Bonjour Victor et Cécile, je vous renouvelle mes bravos pour ce blog pittoresque, qui nous fait partager – un peu – vos découvertes, mais sans tirer sur nos mollets ! Ici au Creuzil la température fraîchit le matin, alors en pleine Russie j’imagine que vous commencez à sortir les passe-montagnes ? Bon courage pour la découverte de l’Asie !

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    1. Merci Annie!
      Oui, il fait un peu frisquet en Sibérie, nous avons eu notre première neige… ça nous rend un peu frileux pour dormir en tente et pédaler, mais il y a plein d’autres choses à faire.
      Des bisous à tout le Creuzil

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  2. Merci pour votre dernière page dans laquelle nous lisons : « Dans la nuit du 5 au 6 août, à minuit et demi pour être précis » ça pour être précis à un mois prêt c’est pas mal. M’enfin…. Bises de Chaumont où l’été continue de régner.
    JJacques

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    1. Oups… ça y est, nous avons déjà perdu la notion du temps! Et un peu des distances, dans cette immense Russie. Merci pour la relecture, mon gros!

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