Jours 44 à 46 : En route vers la Russie en longeant la côte balte

 Jour 44, lundi 27 août : 88km, 249m de dénivelé, « au revoir Tallinn, bonjour Laheema National Park »

Ce matin, nous quittons notre petit airbnb tout confortable pour nous lancer à nouveau sur les routes de la Baltique. C’est un petit peu dur, surtout pour moi (Cécile) qui suis encore un peu malade, mais le soleil, un peu timide depuis quelque temps, fait preuve de mansuétude et nous envoie de chaleureux rayons. C’est donc sous un ciel agréablement bleu que nous sortons de Tallinn puis que nous longeons la côte, en regardant passer les mouettes et les gros ferrys.

Au revoir Marika

Il y a un peu de circulation sur la route, alors nous décidons de faire faux-bond à l’Eurovélo pour prendre de plus petits chemins. Nous arrivons bientôt à une impasse : il y a bien une route, mais elle se met à traverser un immense golf privatisé. Il y a une barrière qui interdit l’accès aux voitures, et peut être aussi aux vélos, mais nous, on ne lit pas l’estonien, et on n’a pas envie de faire un détour, alors on y va ! C’est un golf très étrange qui s’offre à nous : il regarde d’un côté vers la mer à travers les roseaux, et il est parsemé de grandes maisons de vacances modernes, luxueuses, froides. Il se termine par un petit pont de singe qui permet de traverser une rivière se jetant quelques mètres plus loin dans la mer.

Il est très étroit, pas facile à traverser avec les vélos, de plus nous sommes si lourds que nous touchons l’eau. Il nous arrive alors la même mésaventure que lors de notre précédente traversée illégale d’un golf, le long du Neckar en Allemagne. Nous sommes punis de notre intrusion audacieuse par une pluie battante et froide qui s’abat violemment sur nos petites têtes innocentes !

Cette méchante pluie rend le reste de la matinée un peu morose, d’autant plus que ce n’est pas très confortable de rouler en vêtement de pluie, et de ne pouvoir s’asseoir pour pique-niquer (ou pour faire la sieste réglementaire). En milieu d’après midi, nous trouvons une jolie plage qui nous console un peu. Elle s’accompagne d’étranges panneaux qui réglementent la baignade, comme ceux ci-dessous:

On ne lève pas les bras en faisant « youhou » quand on est sur un matelas gonflable. Il y a des gens sur la plage qui se REPOSENT, alors silence.
On nage dans le bon sens, d’avant en arrière, et pas de côté, pour pas être confondus avec les crabes, il y en a sur la plage qui PÊCHENT
Et on se met dans le bon sens sur sa bouée, il y a sur la plage des sauveteurs qui se REPOSENT et qui PÊCHENT, ils n’ont pas que ça à faire de secourir des petits guignols

Comme la plupart des plages ici, elle est aménagée pour le bivouac (les vrais campings sont assez rares dans les pays baltes) : avec des toilettes sèches, deux-trois tables et même des barbecues avec le bois fourni! Ces emplacements font office de refuge sur le parcours du grand trek qui longe la Baltique (RMK). Nous décidons d’en trouver un le soir pour faire des grillades, histoires d’égayer une journée de reprise vélo un peu difficile.

Nous repérons un spot qui nous paraît idéal : la pointe de la première péninsule du Laheema National Park ; nous devrions être tranquilles !  Arrivés sur place, il s’avère que la pointe de cette péninsule a été le lieu, durant la seconde guerre mondiale, d’une bataille navale, terrestre et aérienne d’ampleur. Même s’il y a effectivement un espace de bivouac, celui-ci jouxte un lieu de commémoration pour les (très nombreuses apparemment) victimes de cette bataille.

Il y a même d’anciens missiles soviétiques un peu partout

Il y a plus gai comme endroit… Heureusement, il se remet à pleuvoir, ce qui devrait pouvoir réchauffer l’ambiance. Ce ne sera pas de trop car, pour une fois, les barbecues aménagés sont dépourvus en bois. Décidément aujourd’hui, et comme diraient mes parents, nous allons de charybde en scylla !

Finalement, grâce à la sapinette, et à la motivation de Victor pour trouver et hacher du bois, nous pouvons faire quelques grillades, et passer une dernière soirée au bord de mer, sinon idyllique, au moins correcte.

Jour 45, mardi 28 août : 84km, 220m de dénivelé, des pins, des pins et des phénomènes paranormaux

Le lendemain matin, nous nous levons un peu moroses dans l’humidité et le froid. Ah, camper au bord de la mer baltique nous paraissait bien plus alléchant hier ! Nous reprenons notre route à travers le parc National de Laheema… C’est joli, mais comment dire, comme cela fait 1200 km qu’on se farcit des paysages de forêt de pin, on en a un peu raz la casquette. Vivement les steppes mongoles ! Le trajet nous pèse un peu d’autant plus qu’il ne fait pas bien beau ; nous en venons à regretter la canicule tchèque et polonaise. Nous en venons aussi à regretter les touristes: hors saison estivale, la côte balte est bien déserte…

Seuls, si seuls… En mode « 28 jours plus tard » dans une station balnéaire en vogue

Mais que diable ! Nous sommes le 28 août, il devrait rester au moins quelques touristes s’attardant, des étudiants, des retraités ou des jeunes parents, que sais-je, ou encore mieux, quelques cyclotouristes.

Création personnelle, nous l’avons appelée : « ode à la solitude, à la recherche d’un nouveau copain avec un gros corps et plein de petites têtes »

Pour passer le temps, nous inventons ou reprenons des jeux, de ceux qui ne nécessitent pas de crayons, de papiers ou de cartes. Ceci nous occupe bien et le soir nous ne sommes plus qu’à quelques trente kilomètres de Rakvere, ville estonienne à partir de laquelle nous prendrons un bus pour Saint-Pétersbourg. Nous avons quitté la côte et la forêt a laissé place à des plaines agricoles mais nous parvenons à trouver un spot de bivouac assez agréable. C’est un espace entre deux champs, empli de vieilles pierres recouvertes de mousse dont on se demande ce qu’elles font là, qui les y a amenées et pour quelle sombre raison (on dirait les ruines d’un village)… Le coin fait un peu mystique et, alors que je tente de faire croire à Victor que nous sommes sur un ancien cimetière indien, son vélo délesté des sacoches lui tombe sur la tête sans prévenir pendant qu’il se tortille dans la tente pour accrocher la chambre… Étrange, presque aussi étrange que cette grosse herbe sèche et touffue que Victor ramasse et renifle…

Et surtout étrange comme ces étranges mouches plates qui se ruent sur nous à la tombée du jour et s’accrochent à nos poils et à nos vêtements de leurs petites pattes griffues. Au départ, nous ne leur prêtons pas attention, mais leur insistance les rend désagréables, d’autant qu’il est très difficile de s’en débarrasser, car elles ne s’envolent pas quand on les frappe, et ne semblent pas blessées par nos gifles. Non, non ces petites fourbes s’accrochent à nous et rampent sur notre épiderme, visiblement dans l’espoir de se nicher dans un endroit chaud. J’en trouve deux, cou(p) sur cou(p) dans ma nuque, exactement au même endroit, blotties à la naissance de mes cheveux, essayant de se faire oublier ! Nous les suspectons de chercher à nous sucer le sang, même si nous ne sentons pas de morsures. C’est vraiment une plaie ces bestioles, et puis moches en plus. Comme les décrire ? Vous voyez le film Alien ? Hé bien elles ressemblent à Sigourney Weaver ! Non, je plaisante, mais elles ressemblent à une sorte d’alien ou de crabe, une sorte de croisement bien dégoûtant entre une mouche et une tique.

Nous étions trop occupés à nous défendre, nous n’avons pas pensé à prendre de photos, mais ça ressemble un peu à cette immonde chose (crédit google)

En bref, cet espace de bivouac, en apparence plutôt confortable et paisible, se révèle bien étrange !

Jour 46, mercredi 29 août : 26km : Saint Petersbourg, nous voilà !

Ce matin, le côté cimetière indien de notre bivouac est renforcé par notre découverte progressive des différentes parties d’une biche dispersées autour de la tente. Une patte, deux pattes, un crâne… Et les étranges touffes d’herbes marrons et tassées que Victor tripotait hier, probablement le pelage de l’animal ! Était-ce là hier? Nous n’en savons rien, tout ce que nous désirons à présent est de prendre la poudre d’escampette. Nous avalons nos petits déjeuners puis nous avalons les trente kilomètres qui nous séparent de Rakvere, bien contents de mettre de la distance entre nous et cet endroit maudit.

Là-bas, nous ne rencontrons aucune difficulté à mettre les vélos dans le bus qui doit nous emmener à Saint-Pétersbourg, à notre grande surprise, car le chargement des vélos est souvent un moment périlleux et ardu de négociation. A vrai dire, nous n’avons rien eu à faire, nous nous sommes tus, les chauffeurs russes du bus aussi, nous avons tendus nos vélos démontés, ils les ont pris. Mais ne nous plaignons pas, c’est parfait, nous voilà confortablement installés dans le bus pour Saint-Pétersbourg !

Nous arrivons tout excités en vue de la frontière, à Narva, qui est le nom d’une ville mais aussi une rivière, où deux forts se font face sur chaque rive. Mais en fait, passé une première barrière, le bus est immobilisé, puis nous devrons passer quatre contrôles, dont trois côté russe (un pour vérifier qu’on a nos passeport, un pour examiner le visa, un pour vérifier le tampon d’entrée). Nous comprenons désormais pourquoi le trajet en bus dure 6h pour 300 km ! Même s’il y a plusieurs contrôles et que la douanière met un zèle un peu vexant à comparer nos têtes et nos photos de passeport, tout se passe bien, nos sacoches ne sont même pas fouillées (seulement reniflées par un berger allemand en fin de carrière, qui apparemment cherche plutôt des explosifs ou de la drogue, heureusement pour nos petits crottins de chèvre qui auraient pu être saisis).

La Russie nous accueille par une petite pluie froide qui nous confirme dans notre choix d’abandonner les vélos pour rejoindre Saint-Pétersbourg. Nous nous entre-félicitons par la suite plusieurs fois de notre brillante idée en constatant l’aménagement des routes et la conduite sportive russe !

Après quelques heures, ça y est, nous voilà à Saint-Pétersbourg, dans une cacophonie de véhicules roulant à tombeau ouvert et sous une pluie devenue violente. Nous nous équipons et partons à la recherche du centre, dans une ville qui nous apparaît vraiment peu faite pour les vélos au premier abord (et à tous les suivants d’ailleurs) : grands boulevards sur lesquels les voitures prennent une vitesse folle, et sur lesquels le cycliste néophyte craint de s’aventurer, préférant rouler sur l’espace des piétons faute de mieux. Nous arrivons trempés chez nos warmshovers, Maksim et Valentina, et bien convaincus de laisser les vélos au garage pour les quatre jours que nous allons passer à l’ancienne Leningrad.

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