Jours 63 à 68 : D’Oulan-Oude à Oulan Bator, ou de la Bouriatie à la Mongolie, progression en territoire inconnu

Jour 63, samedi 15 septembre : De Irkoutsk à Oulan-Oude : en route vers la Bouriatie

Ce samedi matin, nous nous levons bien tôt, car des épreuves nous attendent : nous devons parvenir à prendre un mini bus pour Irkoutsk dans la matinée, afin d’avoir le train Irkoutsk-Oulan Oude en début d’après-midi. La tâche peut se révéler ardue, car les minibus ne sont pas pourvus de barres de toits ni de coffres : il faut alors négocier ou donner un pourboire au chauffeur. Heureusement pour nous, la seule russe parlant anglais de tout Listvianka nous a fait un petit billet à donner au chauffeur de bus. Apparemment, on y supplie le chauffeur de nous emmener, tout en jurant que les vélos ne prennent pas tant de place que ça. Nous harnachons nos vélos sur le perron de l’auberge sous le regard de Pete et Crissy, un couple d’allemands venus en bus depuis Berlin entre autres pour randonner au lac Baïkal et avec lesquels nous avons sympathisé. Il y a aussi notre petite aubergiste, toujours aussi court vêtue. Nous tentons de lui expliquer que nous prenons un bus pour Irkoutsk (basiquement, on fait « vroum vroum » et on mime un volant), mais peine perdue, elle ne comprend jamais rien au langage du mime. Elle est bien gentille mais ça doit être vraiment chiant de l’avoir comme partenaire au Times’ Up.

Arrivés à la gare routière, un groupe de chauffeurs nous observe, amusé, et un monsieur en pull rouge vient se renseigner sur notre périple. Je laisse Victor mimer les explications, car j’ai aperçu la russe anglophone, et je veux lui demander à quel chauffeur nous devons nous adresser pour aller à Irkoutsk. Elle m’indique que c’est justement le monsieur au pull rouge : ça tombe bien, il a l’air sympathique, nous allons peut-être l’amadouer. Ce dernier lit le mot, et la surprise se dessine sur son visage… Rapidement, lui et ses potes chauffeurs nous font une première proposition, celle de privatiser un minibus pour nous et les vélos, mais c’est trop cher et nous la déclinons. Convaincu par le type au pull rouge, décidément bien sympathique, un chauffeur accepte de nous prendre à son bord, et nous aide à démonter les vélos et à les charger dans le bus à vitesse grand V ! Nous payons le double de ce qu’on aurait dû payer pour deux personnes et deux vélos, mais c’est vrai que dans ce minibus nous prenons la place d’au moins 8 personnes et que nous embêtons tout le monde. Le trajet est bien plus rapide qu’à l’aller et nous avons l’occasion de découvrir la conduite russe « de l’intérieur ». C’est presque plus effrayant que lorsqu’on est sur les vélos ! Le conducteur roule à fond les ballons, double sans visibilité, tout en étant la plupart du temps au téléphone.

Arrivés sans encombres à Irkoutsk, nous remontons nos vélos sous l’œil curieux d’un petit blondinet d’une dizaine d’années, habillé de l’uniforme des écoliers. Après nous avoir bien étudiés, il s’approche de moi et me tend une petite main potelée, dans laquelle il a mis un rouble ! Je l’interroge du regard mais il se contente de lever la main un peu plus haut. Alors que je saisis la pièce, il sourit d’un air radieux, tout fier de sa bonne action, puis tourne les talons sans que je puisse rien dire… Nous y croyons à peine :  un petit gosse vient de nous faire l’aumône ! Il serait peut-être temps de s’interroger sur notre style vestimentaire, mais je préfère penser qu’il s’agit d’une contribution à notre voyage, du genre « tenez les enfants, voilà pour vos faux frais ». Je décide de garder précieusement le petit rouble en porte bonheur. Et surtout, que le lecteur se rassure, nous n’avons ni ruiné ni arnaqué un pauvre petit russe, le rouble valant approximativement 0,01 centimes d’euros (1 euros = 79 roubles).

La gare d’Irkoutsk

Faisant un petit tour au marché, nous croisons Agnès, la cyclotouriste française, qui prendra pour sa part la direction d’Oulan-Oude le lendemain, puis nous nous rendons à la gare d’Irkoutsk pour notre train de 14h. Alors que Victor va faire la provision de délicieuses brioches garnies de crème, de poivrons et de saucisses, les vélos, avec lesquels j’attends devant la gare, attirent la curiosité d’un jeune couple de russes, Alexander et « Je ne m’en souviens plus c’était trop compliqué ». Coïncidence amusante, ils ont passé le mois de juin en Mongolie et à vélo ! Ils nous donnent quelques conseils, dont cet étonnant : « don’t drink vodka with mongolians ». Alexander a pourtant l’air d’être un solide buveur, et j’en veux pour preuve qu’il soit déjà bourré à 13h de l’après-midi. Pour notre part, en Russie, nous n’avons toujours pas bu de vodka ! Un comble, nous direz-vous, mais, loin des représentations que l’on se fait du pays, celle-ci ne coule pas à flot à tous les coins de rue.

Nous montons sans encombre les vélos dans le train, qui est étonnamment large : on pourrait presque danser la valse entre les deux rangées de sièges de part et d’autre du compartiment passager. Il est aussi étonnamment surchauffé : notre compteur enregistre 33°C, on étouffe !

La preuve en images

Après notre voyage de 4 jours et 5000km sur les rails du Transsibérien, nous avons envisagé ce trajet de 7h comme une simple petite balade, ces 450 kilomètres comme un bête trajet en TER, alors que c’est quand même un Strasbourg/Lyon, et sans TGV s’il vous plait ! C’est donc un peu long, mais le côté positif, c’est que le trajet est magnifique : les rails longent le lac que nous découvrons d’un nouveau point de vue, et nous avons droit à un merveilleux coucher de soleil. Nous arrivons de nuit à Oulan Oude, où nous trouvons sans encombre une petite auberge de jeunesse mignonette, assez conviviale puisque constituée de deux grands dortoirs et d’une salle commune et dans laquelle nous rencontrons un couple de français, Amélie et Antoine, eux aussi lancés dans le périple Russie-Mongolie-Chine.

Jour 64 : Dimanche 16 septembre : Découverte d’Oulan-Oude : temple et musée

Au petit matin, nous sommes réveillés par l’agitation qui règne dans la cuisine collective de l’auberge de jeunesse. C’est Jacques, un parisien d’environ 70 ans, qui met le boxon. Il se balade le long du Transsibérien depuis Vladivostok et, comme il ne parle pas anglais, il est bien content de trouver des français. Nous, un peu moins, car Jacques est bavard, très bavard, il a des choses à dire sur n’importe quel sujet, puisqu’il a déjà voyagé dans 160 pays ! Ce serait tolérable s’il n’y avait que cela mais malheureusement Jacques parle et n’écoute rien, Jacques ne parle que de lui, Jacques fait des blagues douteuses et pas drôles et rapidement Jacques nous court à tous sur le haricot. Après avoir petit déjeuné, tout en essayant d’expliquer à Jacques comment on utilise le WIFI aidés par Antoine et Amélie, nous partons à vélo à la découverte d’Oulan Oude.

Nous découvrons une ville plutôt sympathique, dotée de la plus grande tête de Lénine au monde, et dans laquelle il est agréable de pédaler grâce à quelques rues piétonnes. C’est une grande première en Russie ! La ville nous paraît véritablement se situer au carrefour de la Russie et de la Mongolie, et compte tout autant de russes blonds que de russes bouriates, les habitants originels de la région, qui sont bruns et ressemblent plutôt aux mongols. Tout ce petit monde semble bien cohabiter, et dans les parcs et les rues, nous voyons beaucoup de couples mixtes.

Nous nous rendons ensuite près d’un temple bouddhiste qui domine la ville en grimpant de petites rues escarpées. Ça tire sur les mollets, mais le chemin est agréable, entre les maisons de bois clair.

Une vue de la ville depuis ses hauteurs

Nous nous rendons ensuite, à travers la forêt, vers un musée ethnographique, qui n’a d’ethnographique que le nom. On dirait plutôt une sorte de grand parc d’attraction avec des tours à cheval, des maisons en bois et même un zoo, étrangement rebaptisé « nature zone » mais où les ours et tigres sont cruellement enfermés dans quelques mètres carrés. Nous profitons de notre balade pour découvrir un peu les différents habitats de russes de Sibérie et des bouriates, les populations locales, dont certaines sont sédentaires et d’autres nomades.

Apparemment les bébés dormaient dans des berceaux suspendus au plafond
Une yourte en dur et avec toit végétal

Il y a aussi une yourte dans laquelle nous pouvons découvrir les tenues locales.

« Ah mais c’est des vrais peaux de loups! Béééé, il y a encore la tête et les pattes »

Notre balade est plutôt agréable car nous sommes dimanche et il fait beau : toutes les familles sont de sortie, et il règne une atmosphère de vacances. Les bouriates que nous rencontrons sont très sympathiques, ils nous conseillent de déguster la spécialité locale, le buzzaa, un ravioli fourré à la viande et cuit à la vapeur. C’est ce que nous ferons le soir même en compagnie d’Agnès, la cyclotouriste dijonnaise qui vient d’arriver à Oulan-Oude, et d’Amélie et Antoine.

Jour 65 Lundi 17 septembre : Oulan-Oude toujours

Le lendemain matin, tout le monde semble jouer à un jeu qui s’appellerait « évitons jacques ». Ce n’est pas par méchanceté, mais dès le matin, c’est un peu fatiguant d’avoir affaire à ce grand bavard. Heureusement (pour nous) il a repéré des allemandes qui ont quelques notions de français, et c’est à elles qu’il tient la jambe !

Nous décidons de nous rendre en bus au Datsan (temple) d’Ivolguinsky, qui est le haut lieu du bouddhisme en Russie et en Bouriatie, où la population est majoritairement de cette religion. C’est un endroit un peu particulier dont nous ne saisissons pas toutes les règles : il faut marcher dans le même sens (celui des aiguilles d’une montre) et accomplir un certain nombre de rituels. L’endroit est joli, sans être exceptionnel, et nous ne nous y sentons pas particulièrement à l’aise, ayant peur de faire une bêtise et de froisser les moines lamas que nous croisons.

Nous nous rendons aussi à la gare routière pour réserver des billets de bus pour Oulan-Bator, Mongolie. Nous avons abandonné le projet de faire le trajet à vélo en raison de mes douleurs persistantes aux genoux, mais aussi de la météo, qui annonce du froid et de la neige. Le tenancier de l’auberge de jeunesse nous a indiqué, sur la base de l’expérience d’autres cyclotouristes, que l’on ne peut pas prendre le bus avec les vélos. Mais nous sommes têtus et nous voulons prendre le bus, car autrement, le trajet en train est très cher !

Nous procédons de la même manière qu’à Listvianka : nous faisons écrire à un anglophone russe un petit mot visant à convaincre les employés de la station de bus de nous emmener avec les vélos. Notre traducteur en fait même un peu trop, puisqu’il prétend dans le mot que les vélos sont tout petits une fois pliés, mais ça vaut le coup d’essayer ! A la station de bus, la guichetière la moins aimable du monde lit le mot alors que nous guettons avec angoisse les réactions sur son visage. Il n’y en a pas ! Elle nous demande juste la taille du vélo en écartant les bras de quarante centimètres. En souriant bêtement, nous écartons un peu plus les bras, pour montrer plutôt soixante centimètres… ça a l’air de la souler, elle nous rédige les billets avec ce commentaire : « ask driver » (qu’il faut lire avec un accent russe). Traduire : débrouillez-vous avec le chauffeur et fichez-moi la paix. On a remporté la première partie, nous avons les billets pour la Mongolie ! Il nous reste la seconde partie, risquée elle aussi : convaincre le chauffeur du bus.

Allez, après tout, Lénine n’était-il pas un grand cycliste?

Nous retirons quelques 1000 roubles en prévision du back chiche qu’il nous demandera peut-être et Antoine et Amélie, qui prennent le même bus que nous, proposent de nous prendre quelques sacoches, histoire que nous ayons l’air moins imposants. Nous plaisantons en imaginant aussi que je remette le bandage que j’utilise pour tenir l’argile verte de mon cataplasme au genou et que je boîte bas pour inspirer la pitié. Monter dans ce bus est un gros enjeu car nous avons déjà payé les billets, et aussi parce qu’il n’y a pas d’autres solutions. Si nous échouons à monter dans le bus, nous prendrons directement la direction de la Mongolie pour une semaine de vélo, pour profiter des deux jours de beau temps avant de nouvelles chutes de neige.

Jour 66, mardi 18 septembre : En bus vers la Mongolie

A 6h ce matin quand le réveil sonne, nos petits cœurs palpitent : va-t-on réussir à prendre le bus, ou nous levons-nous pour un périple de plus d’une semaine dans le froid russe puis mongol avec un genou douloureux et un équipement de camping pas très adapté aux températures négatives ?

En arrivant à la gare routière, nous nous apercevons que le bus, de 45 places, n’a pas de bien grandes soutes. Nous démontons rapidement les roues avant de nos vélos, et nous tournons les guidons dans le sens du cadre pour réduire leur taille, puis, me dirigeant seule vers les soutes et le conducteur, je fais une première tentative avec un seul vélo démonté et un grand sourire. Le chauffeur, un mongol aussi haut que large, me voit débarquer avec cet étrange chargement et manifeste son étonnement par un gros « hoooooo ». Mais il ne dit pas « niet » et ouvre la soute du bus. Je m’aperçois avec horreur qu’elle est toute petite. Nous entreprenons de la vider des quelques bagages qui l’encombrent et d’y mettre le vélo. Alors que nous arrivons à peine à faire rentrer le premier vélo, Victor arrive avec le second et les sacoches. D’un air de professionnel du Tétris, il demande à tout le monde de s’écarter et, miracle, après quelques minutes, les deux vélos sont chargés dans la mini soute ! C’est à peine croyable, et il n’aurait pas fallu que les biclous soient plus grands d’un petit centimètre, mais tout loge. Heureusement que Victor s’est bien entrainé à ranger les vélos dans le coffre du break loué par mes parents sur les îles estoniennes.

Tout fiers de nous et tout contents d’embarquer pour la Mongolie, nous calons le reste de notre chargement où nous pouvons, et nous montons dans ce beau bus, dont le volant et le levier de vitesse sont recouverts de diamants ! Pour ajouter à ce kitsch rigolo, les vitres sont recouvertes de draperies violettes et dorées.

Merci à Delphine et Max pour la photo!

Nous voilà dans un beau cadre pour cheminer entre Russie et Mongolie au cours d’un voyage de douze heures.

Au revoir Oulan-Oude, tu es bien sympathique!

La route est très belle, puisque, après avoir dépassé les faubourgs d’Oulan Oude, nous découvrons les premières steppes, ces paysages vallonnées et immenses, où habitations et forêts se font rares, et où paissent en libertés troupeaux de chevaux, de vaches ou de moutons. Devant ce magnifique paysage, ces jolis reliefs et cette route très peu empruntée, nous avons quelques regrets d’avoir opté pour le bus plutôt que le vélo, surtout Victor, qui ne souffre pas de tendinite.

Le passage de la frontière est un moment long et relativement coton : il faut sortir toutes les bagages, les passer aux scanners, les soumettre aux chiens, faire vérifier les passeports et les visas plusieurs fois… Heureusement pour nous, de gentilles tchèques venues randonner en Mongolie nous aident à porter tout notre matériel, et on ne nous demande pas de ressortir nos vélos.

Et ça y est, nous voilà en Mongolie. Nous échangeons nos roubles contre des tugriks, la monnaie locale (1 euros = 2800 tugriks) à un taux avantageux, et nous retrouvons avec plein de gros billets au nombreux zéros, ce qui donne l’impression d’être très riche ! Le nez collé à la fenêtre, nous voyons nos premières yourtes, et nous nous extasions de découvrir des troupeaux de chevaux. Notre excitation décline au fur et à mesure de notre approche d’Oulan-Bator, et nous nous retrouvons un peu coincés dans une circulation intense, alors que la nuit tombe. A première vue, la capitale n’a pas l’air particulièrement accueillante, pas plus que notre auberge de jeunesse, Top Tour Hostel, situé rue des Touristes. Si avec ça, on ne s’affiche pas ! Les sept kilomètres que nous faisons à vélo dans la nuit et la circulation, entre la gare routière et l’auberge, ne sont pas des plus sympathiques, mais heureusement, il y a tellement de bouchon que les voitures ne roulent pas bien vite! Plus tard, nous retrouvons Amélie et Antoine pour le repas du soir dans un restaurant à mi-chemin entre nos auberges, où nous découvrons la cuisine mongole (du gras, du mouton, des pâtes et de la soupe) pour quelques euros. Disons qu’apparemment, il y a des bons et des mauvais côtés à cette ville.

Jour 67, mercredi 19 septembre : Découverte émerveill… Heu, étonnée, d’Oulan Bator

Le lendemain matin, alors que Victor reste faire une grasse matinée, je vais déjeuner à l’auberge de jeunesse. J’y découvre un sympathique mode de fonctionnement : nous n’avons pas le droit d’entrer dans la cuisine et c’est une dame qui nous fait asseoir dans un canapé puis nous mitonne un petit déjeuner à l’assiette. Je discute avec des français qui partent pour la Corée du Sud après près d’un mois auprès de nomades en Mongolie, et ils m’apprennent un jeu de cartes à jouer avec les mongoles, une sorte de belote, dont il est difficile de comprendre toutes les subtilités. Certaines mauvaises langues diront qu’il n’y en a pas de subtilités, et que c’est juste un jeu peu intéressant, mais je me dis que c’est une bonne manière de pouvoir partager quelque chose. Alors que Victor consent enfin à se lever, nous discutons avec Mugi (prononcez Mogui), la manager de l’auberge, des tours qu’elle propose.

En effet, il faut préciser qu’il est assez difficile de voyager par soi-même en Mongolie, surtout à présent qu’il fait froid et que les possibilités de camper sont réduites. Il est évidemment possible de louer une voiture et d’aller se balader, mais encore faut-il pouvoir conduire sur les petites routes non goudronnées, et se repérer dans des steppes dénuées de tout panneaux de signalisation. La plupart des gens, et nous avec, optent donc pour des tours organisés par les auberges de jeunesses  (ou hostels, ici ) ou des tours operators, qui proposent de mener les touristes dans de gros vans russes aux principaux points d’intérêts du pays, avec un chauffeur et un guide.

Nous avions pensé faire le tour avec Amélie, Antoine et d’autres français de leur connaissance, mais ils doivent d’abord faire leur visa chinois, ce qui n’est pas chose évidente. En effet, le consulat de Chine d’Oulan Bator a décidé, pour une raison non explicitée, de ne plus délivrer que 10 visas par jours aux étrangers, et ce alors même qu’il n’est ouvert que trois matinées par semaines et qu’Oulan Bator est le camp de base de nombreux voyageurs pour entrer en Chine. Tous les étrangers d’Oulan Bator en transit doivent donc aller faire le pied de grue devant le consulat à 6h au petit matin pour espérer entrer dans le consulat et obtenir le précieux visas. Cette restriction à 10 visas a entrainé des files interminables devant l’ambassade, et même des bagarres, ce qui fait que c’est désormais la police mongole qui gère une liste d’attente pour éviter la foire à l’empoigne. Nous sommes bien contents d’avoir fait nos visas à Strasbourg, où c’était déjà un casse-tête administratif !

Nous devons donc trouver un autre groupe auquel nous joindre, pour partir découvrir un petit coin de Mongolie. Le pays est tellement grand qu’il nous faut en effet réduire le périmètre de notre tour, sous peine de passer des jours et des jours à rouler. Le premier jour, nous sommes un peu indécis sur ce que nous voulons voir, et choisissons d’aller plutôt visiter un peu la ville.

Nous découvrons un centre-ville de très peu d’intérêt, avec une place centrale, Sukhbataar, pas bien jolie, et une statue de Gengis Khan cachée par des échafaudages. Un peu fatigués par la circulation constante de la ville, nous décidons d’aller prendre un peu l’air dans le parc de la ville, mais à l’entrée de celui-ci, nous nous interrogeons : n’a-t-on pas confondu le parc avec un terrain vague ?

Les fumeurs en cage dans le parc

Non, non, c’est bien le parc. Alors que nous progressons dans cet endroit, sans doute un des plus déprimants du monde, nous apercevons un parc d’attraction, qui paraît abandonné, un peu comme dans les films d’horreur américains.

Comme si cela ne suffisait pas à nous déprimer, le vent se lève et englobe la ville dans une chape de pollution et de sable, qui pique le nez et bouche la vue, ou vice versa. Nous avons lu quelque part qu’Oulan Bator était la capitale la plus moche du monde, proposition que, après seulement une demie journée de balade, nous avons déjà très envie de valider !

La soirée se révèle plus sympa : nous rejoignons Antoine et Amélie dans un bar, le drôlement nommé Hashtag Cheese and beer où nous avons aussi convié Kévin, un français rencontré dans notre hôtel et qui veut parcourir le désert de Gobi à pied. Il a la ferme et curieuse intention de tirer une charrette de quarante kilos derrière lui pour être en parfaite autonomie dans le désert. Il est expérimenté puisqu’il a passé quelques temps à randonner de la sorte en Birmanie, et qu’il vient tout juste de faire une émission de téléréalité qui consistait à survivre trois semaines à poil dans une forêt colombienne. S’ensuit alors un grand débat sur la télé réalité, seulement interrompu par Natalia et André, une espagnole et un allemand que nous avions rencontrés à Irkoutsk et qui vont peut-être faire un tour avec nous. Ils ont invité Sonia et Alexei, qui eux même ont invité Pablo et Serguei, qui en ont causé à Jean-Pierre et Dimitri (là j’avoue, j’invente). Tout le monde a fait tant et si bien que l’on se retrouve bientôt à une vingtaine dans ce bar, où les conversations en anglais ou en français deviennent plus fortes au fur et à mesure que la bière dans les verres diminue. C’est assez rigolo et nous rencontrons un cyclotouriste italien un peu fou (il avait pensé pouvoir traverser une frontière chinoise fermée aux touristes, et sans visa en plus) et deux expatriés français très intéressants.

ça c’est une sculpture sympa à la Mad Max, croisée dans les rues d’UB

Ils sont d’accords avec nous pour dire la ville d’Oulan Bator est particulièrement laide, mais nous apprennent aussi que c’est la seconde ville la plus polluée au monde en hiver. C’est dû au fait que de nombreux nomades ont quitté les steppes pour venir s’installer en ville pour former des grands quartiers de yourtes ghettoïsés. Pour se chauffer, ils brûlent du charbon (mais aussi tout ce qui leur passe sous la main) dans leurs poêles, ce qui entraine une pollution très importante dans une ville de plus située dans une cuvette. Le gouvernement tente de limiter le phénomène en distribuant des poêles moins polluants et en construisant des habitations en dur, mais ce n’est pas évident de faire des travaux dans un pays où il fait une température positive seulement quatre mois par an.

Jour 68, jeudi 20 septembre : sous la neige dans la capitale Mongole

Le lendemain matin, il neige sur Oulan Bator, ou Youbi (UB pour Ulan Bataar en anglais) comme on dit ici quand on est branché. Cela pourrait donner un charme à la ville, mais ce n’est pas le cas puisqu’il y fait encore trop chaud pour qu’elle tienne et recouvre les trottoirs et les toits d’un manteau blanc. Résultat, nous pataugeons dans de la neige fondue en grelottant.

Nous nous rendons dans une nouvelle auberge de jeunesse Golden Gobi, où nous avons réservé un tour de sept jours dans le désert de Gobi, qui doit partir le lendemain. Sinon, nous prenons le temps pour nous préparer, et nous ne sommes pas très actifs.

Les quelques trajets que nous faisons à nouveau dans la ville nous confirment qu’elle ne nous plaît pas beaucoup, et nous plaignons bien les nomades qui ont dû quitter la steppe pour venir y chercher du travail. Il y a fort à penser que ce soit le pire exode rural qui soit : quitter les belles steppes pour la ville la plus moche du monde ! La Mongolie est ainsi un pays de forts et cruels contrastes, la campagne étant aussi belle que la ville est moche, aussi vide que la ville est surchargée, et aussi saine que la ville est polluée ! Sur un territoire qui fait trois fois la taille de la France, on ne compte que 3 millions d’habitants, dont la moitié s’entasse dans la capitale. Pour notre part, nous prenons la direction du Sud, où, dit-on, la température est plus clémente, et pour les coins désertiques du désert de Gobi.

5 réflexions au sujet de « Jours 63 à 68 : D’Oulan-Oude à Oulan Bator, ou de la Bouriatie à la Mongolie, progression en territoire inconnu »

  1. « Un territoire qui fait trois froid la France » , dites vous ?!!
    Aie, aie, aie, c’est dur. Vivement des contrées plus clémentes au niveau météo…
    Merci encore pour le petit coup de fil d’hier et gros bisous CHALEUREUX !
    M et JJ

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  2. Il faudra vraiment en faire un bouquin de vos récits à votre retour. Un régal !

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  3. La description du voyage en train nous rappelle le film de JJ Annaud le dernier loup avec des paysages superbes ! …mais loups sont restés discrets manifestement.
    Pour les douleurs des genoux en complément de l’argile verte, les vielles polonaises utilisent aussi les emplâtres de feuilles de choux qui doivent aussi se vendre sur place !
    Enfin il est toujours possible de trouver soit du kétoprofène soit de ibuprofène (nom international)

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    1. Merci pour les conseils, Bill. J’ai eu droit à un autre remède local grâce à une mongole qui nous héberge: bandage à la propolis et à la vodka! Associé avec deux jours de cheval qui ont mobilisé d’autres muscles, ça marche super bien, je n’ai presque plus mal… Au genou!

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